Vous êtes ici : Accueil La ville Petite histoire de Cellule Un nouveau presbytère ... en 1839

La ville

Au centre de chaque bourg se dressent face à face les deux édifices qui symbolisent la vie d’une communauté villageoise : la mairie et l’église, avec leurs prolongements que sont l’école et le presbytère. Il en est ainsi à Cellule, où la place de l’église, concentrant les diverses institutions, fait office de ciment entre les quartiers parfois éloignés : le Chaufour, Saulnat et Pontmort. Profitons des récentes modifications du presbytère pour découvrir ou redécouvrir cette place à travers les âges.

C’est ce quartier autour de l’église, probablement le plus ancien, qui a donné son nom de "Cellule" d’abord à la paroisse, puis à la commune toute entière. Quant à l’église, elle a connu plusieurs remaniements comme le suggèrent, entre autres, les nombreux vestiges situés derrière la nef : ruines et caves voûtées imposantes. Comment peut-il en être autrement puisque sa construction remonte au XIIe siècle ?

Le presbytère qui la jouxte est assurément ancien, mais moins que l’église. Or ce bâtiment fait l’objet de plusieurs délibérations du conseil municipal en 1839. On envisage de le reconstruire bien que des travaux urgents y aient déjà été effectués une vingtaine d’années auparavant. Mais ces réparations ont été insuffisantes ce qui permet de supposer que la construction, commencée dans un passé lointain, avait subi de grands dommages au fil des années et était devenue vétuste. En tout cas, la demeure est vaste et témoigne d’une prospérité ancienne de la paroisse.

En mai 1839, le maire, Antoine Duchamp, élargit le conseil aux treize citoyens les plus imposés de la commune (qui compte alors plus de 2100 habitants avec La Moutade et Le Cheix) pour étudier un devis de 7557 francs de l’époque. Les conditions de la convocation font penser que ce montant devait sembler très important aux élus. Et, en effet, la somme est jugée exorbitante par les participants si bien que le projet est très largement rejeté par 24 voix contre 3. Un expert doit être désigné pour déterminer s’il est possible de faire des économies en évitant la reconstruction. Après consultation de l’homme de l’art, il s’avère qu’une simple restauration serait inefficace. Quelques semaines plus tard, peu avant la fête de Sainte-Anne, le conseil municipal à nouveau réuni étudie un autre devis un peu moins élevé (5000 F) et se prononce pour la reconstruction du bâtiment, avec une imposition extraordinaire étalée sur trois ans. Mais trois mois plus tard, ce devis est révisé à la hausse et grimpe jusqu’à 6000 F. En fait, l’évaluation initiale sera largement dépassée car il faudra encore voter un rappel de 2000 F en 1843, sans compter d’autres dépenses qui s’ajouteront au cours des années suivantes.

Et le presbytère de Cellule sera à peine reconstruit qu’on débattra déjà de celui de la Moutade pour une somme équivalente. C’est l’époque des grands chantiers à Cellule et des charges nouvelles pour le budget car il faut désormais assurer ce majestueux bâtiment qui vient d’être achevé et qui fait l’orgueil de la commune à une époque où la majorité des habitations du village sont des chaumières.

L’aspect de la place va encore changer car en face du presbytère tout neuf s’étend alors un grand champ dans lequel, à l’instigation de Catherine-Delphine Garron, "Soeur Marie-Angélique" en religion, est bâti un petit couvent qui est aujourd’hui l’école Sainte-Philomène.

Afin de clore le nouvel établissement, Madame Garron, devenue Mère Supérieure, dépose, à l’automne 1847, une demande de permis pour la construction d’un mur du côté de la route et le long du chemin qui sépare l’actuelle salle polyvalente de l’école libre. Le maire accorde l’autorisation avec les prescriptions d’urbanisme en usage : le mur prévu devra être parallèle au mur du jardin du curé (qui est actuellement le parking de la salle polyvalente) en respectant une largeur de 3,33 mètres pour le passage public dit "chemin de la trinière". Cet alignement n’a rien de surprenant d’autant plus que cette voie est à cette époque plus fréquentée qu’aujourd’hui car c’est le principal chemin reliant Saulnat à Cellule ; ce qui est plus insolite c’est que, du côté de la route, ce même mur devra se situer à 13,55 mètres de la fosse d’aisance située au bas du jardin du presbytère. Un tel repère est pour le moins inattendu.

Mais alors la cour du couvent des Soeurs sera-t-elle close avec seulement deux murs ?

Oui, car de l’autre côté, à l’ouest, se trouve le cimetière du village, le long de l’actuelle route qui mène à Saulnat. Il avait été installé là, au coeur du village pour éviter l’encombrement sous les pavés de l’église où, jusque-là, les fidèles avaient l’habitude d’enterrer les leurs. La première pierre de ce cimetière avait été posée par le curé de Cellule, l’abbé Manteige, au printemps 1719 ; mais, une dizaine d’années plus tard, les nouvelles habitudes n’avaient pas encore été prises et les habitants continuaient à enterrer leurs parents sous les dalles de la nef de l’église, lesquelles n’étaient jamais ensuite remises correctement en place. Ce désordre provoqua le mécontentement de l’évêque, le célèbre Massillon, lors de sa visite pastorale de 1730. Il prit une ordonnance interdisant désormais l’inhumation dans l’église elle-même sans contrepartie financière. Cette innovation tarifaire incita sans doute les paroissiens à utiliser désormais plus volontiers le nouveau cimetière qui venait d’être mis à leur disposition.

Cinq ans après la construction du mur d’enceinte, le couvent s’est bien développé et abrite une dizaine de soeurs ; par suite d’une donation de sa fondatrice Madame Garron, l’établissement appartient désormais à l’ordre de la Miséricorde, de Riom. Or ce cimetière sous les croisées des religieuses finit fatalement par empêcher toute extension du couvent, même si sa vue est paisible et incite à la prière.

Un projet naquit dans l’esprit de Mère Marie Angélique : pourquoi ne pas demander à la commune le transfert du cimetière un peu plus loin en lui offrant un terrain semblable ? Elle soumit sa proposition au maire qui la mit à l’ordre du jour de la réunion du conseil municipal du 14 mai 1860. L’exposé du maire fit l’objet d’un "sérieux examen", peut-on lire dans le procès-verbal. En effet, le transfert projeté était une affaire aussi sensible que délicate. Transporter un cimetière à plusieurs centaines de mètres n’est pas sans poser de nombreux problèmes techniques qui seraient coûteux. Etait-il de plus judicieux de bouleverser les habitudes pour favoriser le développement d’une congrégation religieuse ? C’était, à coup sûr, une source de querelles politiques. Le débat fut sans nul doute âpre et chaque conseiller put exprimer ses convictions. Cependant, après de longues discussions, on aboutit à un accord unanime, considérant :

- que le cimetière ancien ne se trouvait pas dans de bonnes conditions de salubrité et que les murs de clôture à peine élevés d’un mètre menaçaient ruine (et n’étaient donc plus non plus en harmonie avec le récent mur délimitant le couvent),
- que les réparations à faire auraient exigé des dépenses considérables,
- que la surface offerte, bien qu’inférieure de deux ares à l’étendue du cimetière ancien, était néanmoins suffisante.


L’affaire n’était pourtant pas encore réglée : un expert vint à Cellule pour estimer la valeur des terrains échangés ; la première offre fut renégociée. Soeur Marie-Angélique, soucieuse du développement du couvent, fit de nouvelles propositions en concédant une superficie plus grande et en acceptant une participation financière. Et ainsi un an et demi plus tard, en octobre 1861, le dossier fut bouclé et le transfert du cimetière conclu aux conditions suivantes : la "dame Garron" s’engageait à faire construire à ses frais le nouveau cimetière ; de plus, l’ancien cimetière était cédé contre le nouveau terrain assorti d’ une indemnité de 500 francs (somme coquette qui représente plus de cinquante millions de nos centimes actuels) ; enfin, - dernière contrainte que la loi impose pour des raisons d’hygiène et de salubrité - le terrain libéré par l’ancien cimetière était gelé pendant cinq années au cours desquelles ni fouilles ni fondations ne pouvaient être faites.

Le champ offert à la commune par la Mère Supérieure en échange du terrain voisin du couvent fut effectivement suffisant pour un siècle et, une fois passé le délai légal, l’institution religieuse put avantageusement s’étendre. Quant à la transformation du presbytère en appartements, cette modification a déjà été envisagée en 1966 par l’équipe municipale de l’époque ; le projet, abandonné en 1968 par suite de la nomination d’un nouveau prêtre, va finalement se concrétiser en 1993.

Mais l’aspect extérieur du presbytère reste bien le même qu’il y a cent cinquante ans...

Dominique Hopp (01.1994)

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