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La ville

Nous avons déjà évoqué un côté de cette place avec l’histoire de notre presbytère et l’extension de l’école Sainte-Philomène. Portons aujourd’hui notre regard de l’autre côté, vers la mairie, au fronton de laquelle est gravée la date de 1911. La maison commune est-elle donc si récente ? En fait cette inscription commémore la date des derniers travaux qui ont donné à l’édifice l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui mais sa construction est plus ancienne.

Lorsque, à l’époque de la Révolution française, l’assemblée législative crée les communes, il s’agit d’imaginer aussi une infrastructure dans chaque village pour que l’idée puisse se concrétiser sur le terrain. Aussitôt se pose une foule de problèmes nouveaux qu’il faut résoudre : où organiser les élections et comment ? Où et quand le conseil doit-il se réunir ? A qui confier et où entreposer les documents officiels ? Les hommes qui ont géré la commune et les décisions qu’ils ont prises nous sont plus connus que les solutions adoptées pour résoudre toutes ces questions pratiques que nous pouvons cependant deviner à l’examen des archives de la commune.

Des élections étaient déjà organisées auparavant lorsque, par exemple, il s’agissait de choisir le syndic de la paroisse qui était le responsable, élu par les habitants, de la gestion des biens de l’église ; c’est lui qui signait devant notaire les baux des terres louées. Cette élection était organisée dans l’église elle-même et le curé présidait les opérations. Or, à la Révolution, la nouvelle organisation distingue nettement ce qui relève de la commune et ce qui relève des affaires religieuses. Jusque là, les prêtres tenaient les registres des actes de naissance, de mariage et de décès. Ces documents officiels passent désormais à l’autorité civile. A Cellule, le curé consigne donc, le 10 juillet 1792, le dernier mariage dans le registre officiel avant de le transmettre au nouveau responsable, lequel inscrit le mariage suivant. Les formules notées sont nouvelles et empreintes de majesté administrative, soigneusement recopiées du formulaire officiel qui a été envoyé par les autorités supérieures :

"Aujourd’hui vingt-neuvième jour de janvier mil sept cent quatre-vingt treize, l’an second de la République Française, à dix heures du matin, par devant moi Jean Taragnat, membre du conseil général de la commune de Cellule, département du Puy-de-Dôme, élu le six du présent mois pour rédiger les actes destinés à constater les naissances, les mariages et le décès des citoyens, sont comparus dans la maison commune, pour contracter mariage,

d’une part, Gilbert Barrier, âgé de vingt-trois ans, fils de Jean Barrier, aussi laboureur, et d’Anne Bernardet son épouse ; d’autre part Bonnette Pichot, âgée de dix-sept ans, fille de feu François Pichot et de défunte Marie Jaffeux, tous domiciliés en cette municipalité de Cellule, lesquels futurs conjoints étaient accompagnés d’André Taragnat âgé de trente ans, beau-frère de la future épouse, d’Amable Pichot âgé de vingt-huit ans, frère de la future, de Jean Barrier âgé de cinquante-huit ans, père du futur, de Pierre Barrier, frère du futur, âgé de trente-deux ans, tous quatre cultivateurs et domiciliés dans ladite municipalité de Cellule,

moi, Jean Taragnat, après avoir fait lecture en présence des parties et des dits témoins des actes de naissance de Gilbert Barrier et de Bonnette Pichot, de l’acte de publication de promesse de mariage entre les futurs conjoints dressé par moi Jean Taragnat le 20 janvier du présent mois et affiché à la porte extérieure de la maison commune de notre municipalité, après que Gilbert Barrier et Bonnette Pichot ont eu déclaré à haute voix de se prendre mutuellement pour époux, j’ai prononcé, au nom de la loi, que Gilbert Barrier et Bonnette Pichot sont unis en mariage et j’ai rédigé le présent acte que j’ai signé avec André Taragnat, les parties et les trois autres témoins ayant déclaré ne savoir signer.

Fait en la maison commune de Cellule les jours, mois et an ci-dessus.
"

Il en est de même pour tous les actes, pas tous aussi longs mais toujours fidèlement recopiés selon le nouveau rituel instauré, pour lequel il suffit de changer les noms qui d’ailleurs ne varient guère d’une génération à l’autre, le fils prenant le prénom de son parrain qui est presque toujours son oncle. Les prénoms à la mode pour les nouveau-nés de la commune sont cette année-là :

Marie (largement en tête avec sept filles portant ce prénom), Jean (qui se détache pour les garçons : cinq fois), Anne, Antoine, François, Marien (sont cités trois fois), puis Antoinette, Pierre, Michel (deux fois), enfin une seule Françoise, Jeanne, Flamine, Bonnette, Marguerite, et un seul Annet, Guillaume, Claude, Jean-Baptiste sont enregistrés cette année-là. Dans ce hit-parade, il faut noter la curiosité de jumeaux - un garçon et une fille - auxquels les parents donnent le même prénom d’ Amable, dont on ne sait si cela a simplifié la vie de la famille.

Notre premier officier d’état-civil qui cumule les fonctions de conseiller et de secrétaire de mairie est élu parmi les trois membres du conseil, conseil qui est lui-même sorti des urnes le dernier dimanche de l’année 1792. Mais où étaient disposées les urnes ? A quelle porte et à quelle maison commune Jean Taragnat fait-il allusion ? Les procès-verbaux de réunions que nous possédons ne nous signalent aucun endroit précis et se contentent d’indiquer que les conseillers se sont retrouvés au lieu "habituel" ou "ordinaire" de leurs réunions. Or avant 1870, la commune ne possède pas de local propre destiné à cet usage ; jusque là elle louait une salle, qui a changé au fil des années et suffisait aux besoins de la commune ; ce n’est qu’en 1863 qu’il est question pour la première fois d’acheter une maison ; et on envisage d’acquérir justement celle où les conseillers ont l’habitude de se réunir : elle se trouvait juste en face de l’actuelle mairie dans une maison aujourd’hui détruite qui est devenue le parking. Mais l’opération ne se fait pas, cet emplacement "offrant des inconvénients tant à cause des voisins que des cérémonies de culte".

Les documents que reçoit, élabore ou envoie le maire sont d’abord peu nombreux et la gestion de la commune reste très sommaire. Lorsqu’un nouveau maire est désigné, il signe un reçu à son prédécesseur où sont répertoriés tous les documents qu’ils se transmettent, à savoir les registres d’état-civil, celui des délibérations et le tampon officiel de la commune ; il n’est pas besoin, dans ces conditions, de local pour entreposer les archives puisque c’est le maire qui conserve toutes les pièces chez lui pendant la durée du mandat. Le premier budget véritable où apparaissent les dépenses ordinaires et extraordinaires ainsi que les recettes est établi en 1833, conformément à une loi de 1831 sur la comptabilité des communes, soit quarante ans après la création de la commune. Auparavant, comme en 1827 et 1828, les archives ne révèlent ni dépenses ni recettes. Ce premier budget comporte pour principaux postes de dépenses : le loyer de la mairie, les salaires du secrétaire, des deux gardes, du vicaire et de l’instituteur.

Au fil des années, ce budget devient plus complexe ; s’y ajoutent, en effet, de nouvelles dépenses : le chauffage de la mairie, des frais de bureau et de papeterie, l’abonnement au bulletin des lois, l’entretien de l’horloge du clocher, la location de salles de classe, l’assurance du luxueux presbytère qui vient d’être construit, le salaire du cantonnier, etc. La gestion d’une commune demande maintenant une certaine connaissance des règlements et de la comptabilité ; lire, écrire et compter ne suffisent plus. Déjà on a fait appel à un spécialiste qu’on rémunère alors qu’au début c’était une fonction bénévole ; en 1857, une dépense spéciale est votée par le conseil municipal pour l’achat d’un dictionnaire des formules administratives, appelé aussi "la mairie pratique" ; C’est dire que les tâches sont plus importantes au point que, l’année suivante, on décide d’augmenter de 43 % l’indemnité du secrétaire de mairie en constatant que ses travaux "deviennent de jour en jour plus multipliés par suite des nombreuses écritures concernant le service de l’administration communale qui se complique toujours." Ce n’est certainement pas Madame Montel, notre secrétaire actuelle, qui démentirait cela.

Dans ces conditions, surtout pour une commune aussi importante que Cellule à laquelle sont encore rattachés (pour quelques années encore) les villages de La Moutade et du Cheix, il devient indispensable d’avoir une mairie avec local de réunion, bureau et salle d’archives. C’est donc en 1863 qu’est envisagée cette construction. Cinq années se passent avant que ne soient approuvés les plans du futur bâtiment de la maison commune, mais, si les plans sont prêts, l’emplacement n’est pas encore fixé. Au printemps de 1869 enfin, un choix est arrêté et c’est là où se dresse aujourd’hui notre mairie. C’est cette même année que La Moutade devient une commune à part entière, ce qui simplifie d’ailleurs l’imposition extraordinaire puisque les habitants de La Moutade n’auront plus à payer pour cette mairie qui n’est pas la leur.

En 1870, sa construction est sur le point d’être achevée quand on s’avise qu’il serait peut-être utile d’y adjoindre aussi une école. Après quelques années de réflexion, on construit d’abord une salle de classe dans le jardin puis on modifie l’ensemble du bâtiment dans les années 1880-1885 pour le logement de l’instituteur et l’installation du bureau de poste et du receveur de poste. Les aménagements définitifs ont enfin lieu en 1911. Les contribuables et les conseillers ont désormais, comme il se doit, des locaux propres. Les réunions du conseil municipal vont s’y tenir, le plus souvent le dimanche après la messe tantôt à dix heures tantôt à onze heures, mais il est arrivé qu’à l’époque des moissons ou de la vendange, les conseillers soient convoqués pour sept heures ou sept heures et demie du matin : il n’y a pas d’heure pour les affaires de la commune !

La place principale du village a donc maintenant l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui : l’église, le bâtiment de l’ancien presbytère, l’école Sainte-Philomène, une mairie qui abrite aussi l’école publique...

Il manque cependant encore quelque chose : pour achever la perspective, il reste à aménager le centre de la place ; c’est là qu’on édifiera le monument pour honorer les citoyens de la commune morts pour la patrie au cours de la grande guerre de 1914-1918. Le dessin en est établi en 1920 et, l’année suivante, le chantier est confié à l’entreprise Ameil-Levadoux de Volvic qui réalise le monument avec cette pierre si caractéristique de la région, sobre et austère. Avec cet ensemble cohérent, Cellule est à l’image de tous les villages de France et l’égal des grandes villes pour ce qui est de l’infrastructure municipale.

Il aura fallu attendre plus d’un siècle depuis la création de la commune pour que soit achevée la configuration que nous connaissons aujourd’hui avec de menues améliorations au fil des années, comme les espaces verts, l’éclairage public et le réaménagement du petit square qui entoure le monument aux morts : les anciennes grilles qui délimitaient l’édifice, vieilles de plus de soixante-dix ans, avaient fait honorablement leur temps et ont été remplacées en 1993 par un aménagement plus moderne qui met le monument plus en valeur.

Or les Cellulois, respectueux d’antiques usages et fidèles à leurs anciennes habitudes, continuent, aujourd’hui encore, d’appeler cette place la "place de l’Eglise", devenue seulement très récemment "place de la Résistance". Est-ce parce que les habitants du village sont plus pieux qu’ailleurs ? En fait, si Cellule n’a pas de "place de la Mairie", c’est, tout simplement, parce qu’à l’emplacement de notre maison commune il n’y a eu pendant longtemps que des champs qui faisaient face à l’église et jouxtaient l’ancien cimetière.

Dominique Hopp (01.1995)

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