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La ville

Depuis l’antiquité, les magistrats des grandes villes ont été préoccupés par les risques d’incendie, si bien qu’ils se sont toujours dotés de services spécialisés dans la lutte contre ce fléau majeur qu’est le feu ; mais le coût de ce service pour la collectivité était tel que, même avec des bénévoles, seules les plus grandes agglomérations pouvaient en supporter la charge. Mais, au milieu du XIXe siècle, avec le développement des techniques et la prospérité croissante, chaque village voulut organiser ses propres services. C’est ainsi qu’au cours de l’été 1860, pour faire face aux éventuels incendies, le conseil municipal de Cellule décide l’achat de deux pompes à incendie qui permettront d’intervenir plus efficacement lors des feux de paille, des incendies de grange ou des feux de cheminée d’autant plus dangereux que nombre de toits sont encore en chaume. Vingt-cinq ans plus tôt, on recense encore 80 % de chaumières dans la commune, et même avec l’essor du bâtiment dans les années 1850, il devait y avoir encore beaucoup de constructions traditionnelles.

Quelques mois plus tard, à l’automne, il faut se rendre à l’évidence : les pompes récemment acquises ne sont guère opérationnelles parce que les volontaires qui les actionnent ne sont ni organisés ni entraînés. Louis Dupuy, le maire, met donc à l’ordre du jour de la prochaine réunion du conseil le point suivant : création d’un corps des sapeurs-pompiers. C’est le 11 octobre 1860 que la question est débattue et approuvée, avec notamment les dispositions suivantes :

Article 2 : Cette subdivision se composera de 47 hommes, savoir : un capitaine, un lieutenant, un sergent-major, deux sergents, quatre caporaux, deux tambours, trente-six pompiers.

Article 3 : Les citoyens qui se présenteront pour être admis devront être âgés de quarante ans au plus, être de bonne vie et moeurs, d’une bonne constitution et professer autant que possible un état quelconque. [...]

Article 5 : Il pourra être admis des pompiers surnuméraires au nombre de douze au plus. Ils seront pris parmi les jeunes gens ayant vingt-deux ans au moins et réunissant les autres conditions prescrites par l’article 3.

Article 6 : L’uniforme de pompier consistera en blouse bleue avec col rabattu et grenades jaunes ou rouges suivant la section, ceinture dite de gymnase, pantalon gros coutil avec liseré bleu et casque de cuivre. [...]

Article 8 : Il pourra être accordé une indemnité pécuniaire à ceux qui se seront distingués dans un incendie pour un acte de dévouement extraordinaire ou à ceux qui auront été blessés dans le service ; en cas de mort par suite de blessures, l’indemnité appartiendra à la femme ou aux enfants du pompier décédé.

Article 9 : Il sera attaché au corps des pompiers un conseil de discipline qui se conformera pour l’instruction des affaires et des peines à prononcer à un règlement spécial à cet effet qui aura été fait par le maire et approuvé par M. le Préfet.

Cette décision devient effective avec l’approbation du préfet et le corps des sapeurs-pompiers de Cellule voit donc le jour il y a 130 ans avec une compagnie pour chaque section : Cellule, La Moutade, Le Cheix.

Les mois qui suivent sont consacrés à la mise en place de ces dispositions et à la constitution de l’équipement ; la confection des blouses et des pantalons est confiée à un tailleur et à des couturières de la commune, une cinquantaine de ceintures sont commandées au cordonnier du Cheix. Les dépenses prévues sont progressivement engagées parce qu’elles ne sont pas trop lourdes et qu’elles font travailler les artisans locaux. Mais il faut attendre un an et demi après la création du corps pour que soient débloquées les sommes nécessaires à l’achat des casques en cuivre, protection pourtant indispensable. En mai 1862, le conseil municipal approuve les dépenses concernant cet équipement dont l’acquisition a sans doute été retardée à cause de l’importance de la somme. Par ailleurs, il n’a pas été prévu d’équiper les pompiers avec des sabots : chacun viendra avec les siens...

Mais à peine a-t-on fini de compléter la tenue de nos vaillants volontaires qu’il faut déjà songer à en assurer l’entretien et le renouvellement. Trois ans plus tard, en mai 1865, le conseil se penche à nouveau sur le sort des pompiers auxquels il faut procurer de nouvelles blouses, les anciennes étant "déchirées et abîmées par quatre années de service et par suite des nombreuses interventions dans la commune et à l’entour". Désormais le corps des sapeurs-pompiers de Cellule est organisé, son équipement renouvelé régulièrement : au fil des années, les comptes-rendus du conseil municipal témoignent de l’intérêt des élus et de leur reconnaissance pour le dévouement des hommes auxquels la mairie offre périodiquement un banquet.

Des exercices sont pratiqués régulièrement pour la manoeuvre des pompes. Certains cependant rechignent à y participer et ne font pas toujours preuve d’assiduité. Ainsi, en 1887, le maire Joseph Moignon est obligé d’appliquer l’article 9 du règlement : "les peines à prononcer par le conseil de discipline consisteront uniquement, pour les infractions simples, à une réprimande et, pour les plus graves à la suspension, l’exclusion et la révocation." C’est pourquoi il adresse la lettre suivante à un pompier peu assidu :

"Votre chef remplissant les fonctions de lieutenant m’ayant témoigné les regrets de ce que vous n’assistez pas régulièrement aux exercices mensuels de votre compagnie : je viens, en son nom, vous convoquer au lieu ordinaire de vos réunions pour le dimanche 6 décembre à 7 heures et demie du matin pour prendre part à la manoeuvre de ce jour. Je vous prie d’être exact à cette invitation et d’assister régulièrement, autant que possible, aux exercices du premier dimanche de chaque mois. Je ne prétends pas avoir le droit de vous commander car vos fonctions sont purement volontaires, mais cependant, si vous n’étiez sapeur-pompier que de nom, il ne nous serait pas possible de vous laisser jouir plus longtemps de la dispense des prestations. D’ailleurs vos fonctions sont fort louables : vous remplissez un rôle de grand dévouement et vos services, dans les circonstances malheureuses, sont indispensables à la société. Ne vous découragez pas, la municipalité actuelle a l’intention de faire de grands sacrifices pour la réorganisation de votre compagnie mais aussi faut-il que chacun y mette de la bonne volonté."

En effet, sous le mandat du même maire, le conseil municipal se prononcera pour l’achat de nouveaux vêtements pour les pompiers. Il faudra pourtant attendre jusqu’en 1950 pour voir la commune se doter d’une moto-pompe, soit 90 ans après la création du corps des sapeurs-pompiers de Cellule.

Dominique Hopp  (12.1990)

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