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La ville

Nous avons déjà vu que notre corps des sapeurs-pompiers avait 130 ans ; en effet, les élus avaient voulu se doter de moyens efficaces pour lutter contre ce fléau qu’est le feu, mais qui était peut-être une calamité plus grande autrefois car l’utilisation abondante du bois dans les constructions, les toitures en chaume de la majorité des maisons et les granges remplies de paille ou de grains pouvaient offrir un aliment propice au développement de désastreux incendies, surtout lorsque le bois, le chaume et la paille étaient réunis.

Il revient au maire de veiller à la sécurité de ses concitoyens, même s’il lui faut prendre des mesures impopulaires. L’éphémère Claude Garron (maire pendant quelques mois seulement) n’a pas reculé devant la difficulté et, le dimanche 29 janvier 1837, a fait afficher l’avis suivant :

" Considérant que dans tous les villages de la commune les femmes et les filles des cultivateurs sont dans l’usage de se réunir, soit pendant le jour, soit pendant la nuit, dans des lieux qu’on nomme veillées, pour être plus pour leur agrément que dans un but d’utilité réelle ; Considérant que le local est toujours garni de paille abondante et qu’en outre on y porte des brasiers ou chauffe-pieds qui, quoique remplis de charbons allumés, sont déposés sur la paille...

Arrête : Il est défendu de garder, déposer et conserver dans les lieux de réunion connus sous le nom de veillées, des pailles, fourrages, cosses et autres matières de même nature.
"

La décision énergique du maire a été motivée par un accident survenu peu de temps auparavant dans une commune voisine qui n’est pas citée mais où plusieurs bâtiments ont été la proie des flammes. Le charme mélancolique attaché aux veillées d’antan ne doit pas nous faire oublier les risques réels pour la sécurité publique, dont les maires sont responsables. Conscient, d’ailleurs, qu’une telle mesure susciterait le mécontentement de nombreux administrés, C. Garron désigne habilement les coupables du doigt : il ne s’agit pas des hommes mais des commères impénitentes !

Quelques mois plus tard, une loi sur l’administration municipale vient préciser le rôle des maires et rappelle qu’il leur appartient de signer des arrêtés qui constituent un règlement permanent. Ainsi, Cellule, sous l’administration d’Antoine Duchamp, avocat, donc expert en problèmes juridiques, comme l’était aussi son prédécesseur Garron, se dote d’un règlement de police qui récapitule ce qui est interdit dans la commune.

A côté des prérogatives du maire qui nous sont familières aujourd’hui (concernant l’ordre public, l’hygiène, la sécurité, la circulation dans le village et les permis de construire, par exemple), certains points de ce premier règlement de police du 5 mai 1839 peuvent nous sembler plus insolites, entre autres les articles suivants :

1) Aubergistes, hôteliers, loueurs et généralement tous ceux qui donnent habituellement à coucher devront tenir un registre. Il y avait en effet deux auberges dans la commune, le long de la route royale au Cheix.

2) Il est défendu aux aubergistes et cabaretiers de donner à boire ou à jouer après neuf heures du soir en hiver et après dix heures en été. Les gens se couchent plus tôt qu’aujourd’hui ; il est vrai qu’ils n’avaient ni électricité ni télévision, mais il s’agissait aussi de lutter contre l’alcoolisme, grand fléau du XIXe siècle.

3) Les auberges et les cabarets ne pourront être fermés à clef tant qu’il y aura quelque personne. Un lieu accueillant du public doit laisser libre la sortie des personnes qui sont dedans et permettre l’accès extérieur tant des forces de police pour toute perquisition que d’éventuels secours. Cette mesure concerne la protection des moeurs et la protection des personnes.

4) Tous les jeux de hasard, quelle que soit leur dénomination, sont prohibés. Les jeux ont toujours été étroitement surveillés car ce sont des activités suspectes et lucratives, que l’Etat préfère contrôler.

5) Défenses sont faites à tout marchand, colporteur, artisans et autres, de quelque état qu’il soit, de donner à jouer dans les lieux publics aux dés, lots, tourniquet, blanquet, chevilles à tirer dans un livre. [...]

10) Tous gens de marteau et d’autres professions bruyantes qui troublent la tranquillité de leurs voisins ne pourront commencer leurs travaux avant cinq heures du matin en hiver et quatre heures en été, et ils devront terminer en tout temps à neuf heures du soir. Les horaires de travail ne sont pas les mêmes qu’aujourd’hui et de plus on se levait tôt !

11) Les mendiants même invalides qui demanderaient avec menace ou qui s’introduiraient dans les maisons ou enclos sans permission seront arrêtés. Il est aussi interdit à tout mendiant de mendier la nuit ; les mendiants affectés de plaies, ulcères ou autres infirmités dégoûtantes ne pourront les exposer à nu. Le droit de propriété auquel la plupart ont récemment accédé après la Révolution est jalousement défendu et tout inconnu, même pitoyable, est a priori inquiétant le jour et absolument suspect la nuit.

12) Il est défendu à tout serrurier, compagnon, apprenti-serrurier et autres de faire et de limer des clefs sur des modèles qui leur seraient remis par des gens inconnus, par des enfants ou par des domestiques. La peur du vol est un réel souci et une boutique de clef-minute, si elle avait existé, n’aurait pu ouvrir à Cellule ! [...]

23) On ne pourra tuer ni faire griller aucun porc pendant la nuit ; aussitôt les opérations terminées, on sera tenu d’éteindre, de balayer et de ramasser en tas les pailles brûlées.

Et ainsi, au détour d’un article du règlement de police de Cellule, nous retrouvons la crainte de l’incendie qui est une préoccupation essentielle de nos ancêtres. Les assurances ne sont pas encore répandues et on a tout à craindre du feu. Ce n’est que lorsque le capital est particulièrement coûteux qu’on s’assure, comme cela a été le cas en 1848 quand la commune s’est décidée à garantir le bâtiment tout neuf du presbytère.

Dominique Hopp (07.1991)

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