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La ville

L’école de la République s’est fixé comme objectif d’apprendre à lire, à écrire et à compter à tous les petits Français pour en faire des citoyens libres et responsables. Ce qui est, pour nous aujourd’hui, une évidence est le résultat d’une longue histoire dont témoignent les archives de notre commune.

Si nous n’avons pas de précisions sur l’enseignement à Cellule avant la Révolution, par contre les actes de baptèmes, de mariages et de décès nous révèlent que nombre d’habitants du village, surtout des hommes, savaient signer. Les uns le font d’une main sûre et rapide, d’autres nous montrent leurs hésitations par un trait incertain et maladroit. Qui donc leur avait appris à manier la plume ? Sans doute le curé et son vicaire qui, probablement, dispensaient des bribes d’enseignement élémentaire. Ces derniers eux-mêmes ne rédigeaient pas leurs actes avec une égale assurance : certains curés ou vicaires se signalent par l’élégance des lettres qu’ils tracent ou, au contraire, par une écriture qu’il faut déchiffrer avec mille difficultés et qui traduit leur embarras.

Les choses changent en 1802 avec la loi du 10 floréal de l’an X qui impose à toutes les communes de subvenir à l’entretien d’une école ou de se réunir à plusieurs pour le faire. Les instituteurs seront choisis par les maires et les conseils municipaux fourniront un logement au maître, voteront son traitement et fixeront le montant des frais scolaires payés par les parents pour couvrir toutes ces dépenses. C’est en quelque sorte la décentralisation avant la lettre. Dans un souci de justice sociale, il est prévu également que les enfants des familles pauvres pourront être exemptés du versement de cette rétribution scolaire mais le législateur n’a pas envisagé d’allocation, pensant à juste titre que l’accès au savoir constituait déjà un formidable avantage auquel les familles pouvaient participer.

Mais ces nouvelles dispositions mettent du temps à être appliquées. Si, en 1815, le conseil municipal de Cellule autorise un jeune instituteur, Bonnet Leyrit, à enseigner dans la commune après recommandation du recteur de l’Académie de Clermont, il n’est fait mention nulle part d’un quelconque traitement, si bien qu’on se demande comment il pouvait vivre autrement que par la charité de quelques parents d’élèves compatissants ou par la foi inébranlable qui l’animait.

Bien plus, lorsque seize ans plus tard, le préfet presse le maire d’octroyer une indemnité et un logement pour un instituteur primaire, cette injonction est d’abord rejetée par le conseil municipal mais, quelques mois plus tard, en mai 1832, une indemnité de 100 F pour trois instituteurs est prévue au budget, non sans longs et passionnés débats comme en témoigne le procès-verbal de la réunion :

"Depuis longtemps deux habitants de La Moutade (agglomération alors dépendant de Cellule) ont été brevetés et se sont établis instituteurs dans ce village ; l’un d’eux recevait une modique indemnité de 21 F. Dans le mois d’avril dernier, l’Académie a envoyé au chef-lieu un instituteur étranger ; il est sans fortune, sans mobilier et il est obligé de se procurer un logement. Sa position réclamait une indemnité de 200 F au moins."

Il apparaît donc clairement qu’on reconnaît les difficultés des maîtres, qui tirent le diable par la queue, mais il importe de ne pas alourdir le budget ni de créer une injustice en favorisant un nouveau-venu même dans le besoin. Une mesure de conciliation est finalement adoptée :

"Les suffrages se sont réunis (à l’exception d’un seul) pour accorder 50 F à l’instituteur de Cellule en exprimant le voeu d’un supplément d’indemnité par le gouvernement, et d’une indemnité de 50 F à partager entre les deux instituteurs de La Moutade, à condition que chacun des instituteurs reçoive et enseigne gratuitement des enfants indigents, au moins jusqu’à concurrence du 1/8e des autres élèves, laquelle indigence sera certifiée par le maire."

L’effort que fournit la commune est plus symbolique que réel car le conseil municipal reconnaît, l’année suivante au moment du vote du nouveau budget, qu’effectivement l’indemnité accordée aux maîtres est modique, à peine suffisante pour couvrir la location du logement et de l’école (sans les meubles) mais refuse toute augmentation, considérant que les frais payés par les familles suffisent à la rétribution des enseignants, surtout à Cellule où le nombre d’élèves est, dit-on, "considérable". Or, dans le même temps, on alloue 300F au vicaire (contre l’avis du préfet qui juge la somme trop élevée) et le salaire des gardes champêtres est fixé à 200F.

Néanmoins le maire soutient une demande de subvention exprimée par les instituteurs pour obtenir la fourniture de livres destinés à l’instruction de 25 à 30 élèves pauvres ou peu fortunés. Si le conseil municipal se montre réticent, c’est peut-être surtout parce qu’il est soucieux des deniers publics, car il n’est pas hostile à l’instruction comme le montrent les trois maîtres exerçant dans la commune ; de ce point de vue, Cellule est en avance sur la loi : en effet, quelques semaines plus tard, en juin 1833, est promulguée la loi Guizot qui fait obligation à CHAQUE commune de plus de 500 habitants d’entretenir UNE école primaire élémentaire de garçons. Dès que la loi est connue, le conseil se réunit à nouveau en août pour mettre en oeuvre les nouvelles directives qui ne posent que des problèmes d’organisation puisqu’une bonne infrastructure scolaire est déjà en place.

Pouvait-on entretenir deux écoles ou bien fallait-il réduire l’indemnité de l’instituteur privé de La Moutade ? Où allait-on installer cet instituteur "obligatoire" ? La Moutade était plus peuplée mais la proximité de l’église paroissiale de Cellule permettrait aux élèves de "recevoir commodément l’instruction religieuse en même temps que les autres enseignements"... Telles étaient les difficultés à résoudre.

On s’y attelle et finalement tout est réglé en 1834. Il est décidé que :

1) L’école fonctionnera à Cellule dans un local de Jean Taragnat loué pour 50 F par an : la commune donnera 10 F et l’Etat-demandeur aura la charge du reste avec une subvention de 40 F.

2) L’instituteur définitif sera Jean Pissis, 30 ans, originaire de Veyre-Monton, muni d’un brevet de capacité pour enseigner et d’un certificat de moralité. En tant que fonctionnaire, il prêtera le serment rituel : "Je jure fidélité au Roi des Français (il s’agit de Louis-Philippe), obéissance à la Charte constitutionnelle et aux lois du royaume." Ce premier titulaire restera à Cellule une quinzaine d’années.

3) Son traitement sera fixé à 200 F par an, montant qui situe maintenant l’instituteur au même niveau que le garde champêtre et concrétise une promotion attendue pendant des années.

4) Les parents paieront les frais de scolarité sur la base d’un tarif dégressif suivant les prestations demandées :

- 1re classe : instruction générale (2 F par mois)
- 2e classe : instruction sauf le français et le calcul (1,5 F par mois)
- 3e classe : bornée à l’instruction morale et religieuse avec lecture et écriture (1,25 F par mois)
- 4e classe : réduite à l’instruction morale et à la lecture (1 F par mois)

Cet enseignement à la carte ne manque pas de surprendre le lecteur moderne habitué à une école où tout est fourni des différentes matières enseignées au matériel. Quant au prix à payer par les familles, on peut l’estimer à 1000 de nos francs actuels pour le service complet et à 500,00 F pour la prestation de base. La mise en oeuvre de ces premières directives de l’enseignement public a été longue car elles bouleversaient les esprits mais, en même temps, elles innovaient et préparaient les lois de Jules Ferry qui rendirent l’école laïque, obligatoire et gratuite, dont nous parlerons prochainement.

Les habitants de Cellule n’ont cependant pas été pris de court par ces nouvelles mesures, à la fois parce que les innombrables changements intervenus au cours des cinquante années précédentes les y avaient, en quelque sorte, préparés mais surtout parce qu’il y avait, de longue date, une tradition d’instruction et de culture qui a traversé les siècles, du moyen-âge à l’époque moderne comme le rappellent les bâtiments qui abritèrent le séminaire.

Dominique Hopp (01.1996)

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