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La ville

Le passage dans le nouveau millénaire, qui ne commencera en réalité qu'en 2001, fait couler beaucoup d'encre et suscite craintes et espoirs. Or il faut se souvenir que la façon de décompter les années suppose un point de départ qui a un fort caractère symbolique reflétant toute une époque.

C'est ainsi que les dirigeants révolutionnaires ont placé au rang de leurs préoccupations prioritaires la modification du calendrier alors que de nombreux problèmes autrement graves (économiques, militaires, diplomatiques, administratifs) les assaillaient. Du jour au lendemain, on a changé le rythme de la semaine en adoptant la décade de dix jours au lieu des sept jours habituels; remplacé le nom des saints par de nouveaux héros, alors que les campagnes vivaient au rythme des saints; donné un nouveau nom aux mois, certes évocateur et poétique (puisqu'on a fait appel à un poète) mais la mise en application du nouveau calendrier a bouleversé le décompte des jours: le 22 septembre 1792 n'est pas devenu le 22 vendémiaire de l'an 1 -cela aurait été trop simple!- mais le 1er vendémiaire... Imaginez qu'un enfant né le 24 octobre 1795 se retrouvait enregistré le 2 brumaire (mois des brumes) de l'an IV ! La confusion a régné quatorze ans avant que Napoléon ne décide de supprimer ce nouveau calendrier pour revenir à l'ancien (en 1806).

Les Chrétiens avaient fait de même en commençant le décompte des années à partir de la naissance de Jésus mais l'idée en est venue quatre siècles après l'événement et concrétisée en 532. C'est dire que fixer un an virtuel ne fut pas chose simple surtout après un demi-millénaire, et les incertitudes sont grandes à quelques années près...

Plus près de nous, ce que nous prenons pour un usage immémorial a eu un point de départ... et nos jours fériés ont une histoire ancrée dans notre culture. Certaines fêtes sont nationales, d'autres locales; les unes sont religieuses (Noël, Pâques), les autres civiles, laïques ou patriotiques (1er ou 8 mai), parfois très anciennes ou au contraire assez récentes. Le dimanche, l'Ascension, Toussaint ou Noël sont des jours fériés depuis une loi de 1802 mais les lundis de Pâques ou de Pentecôte, ne le sont devenus officiellement qu'en 1886; quant au Vendredi Saint, il est férié en Alsace. Ces jours étaient des jours de fête, généralement chômés et donc pas payés, comme s'en plaint un petit artisan qui, interrogé sur ses revenus, regrette de ne pouvoir travailler à sa guise :

- Eh bien que gagnez-vous, dites-moi, par journée ?
- Tantôt plus, tantôt moins : le mal est que toujours ;
(Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes,)
Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours
Qu'il faut chômer ; on nous ruine en Fêtes.
L'une fait tort à l'autre ; et Monsieur le Curé
De quelque nouveau Saint charge toujours son prône.


Ce partisan du libéralisme est un savetier, héros de la fable Le Savetier et le Financier de La Fontaine.


Juillet est un mois où Cellule connaissait deux jours de liesse.

D'abord, bien sûr, le traditionnel 14 juillet synonyme de réjouissances avec allocutions, défilé, musique, remise de médailles, vin d'honneur et bals commémorant les événements révolutionnaires de 1789. Or il n'a pas été fêté immédiatement: la première célébration officielle date de 1880, presque un siècle après la prise de la Bastille, événement mineur mais symbolique! Et il fallait bien choisir une date où se retrouverait tout un peuple... Pour cette première année, rares sont les cérémonies organisées; la province réagit avec une prudente lenteur aux décisions parisiennes et il faut de fermes circulaires préfectorales pour enjoindre aux maires de prévoir des festivités.

Suite à une de ces lettres invitant les maires à respecter les nouvelles directives gouvernementales, le conseil municipal de Cellule se réunit début juillet 1881 pour débattre des moyens de "célébrer dignement la fête nationale". Nos élus votent une somme modeste (31,61 F) pour les illuminations et un "petit" banquet qui, s'il est républicain, n'est guère démocratique car seuls y sont conviés les sapeurs-pompiers, les membres du Bureau de Bienfaisance, le conseil municipal et les employés et fonctionnaires de la commune. Les Cellulois se contenteront des illuminations... Conservateurs, les notables de l'époque voyaient d'un oeil méfiant les innovations que le nouveau régime mettait en place, d'autant plus qu'elles entraînaient des dépenses peu populaires auprès des contribuables. Dans nos campagnes, l'économie est une vertu cardinale. Ainsi, en 1886, le conseil municipal décide de ne rien dépenser ; il est vrai que des intempéries ont ravagé Cellule : "un orage récent a dévasté toutes les récoltes de la commune; la population éprouvée par ce sinistre ne prendrait aucune part à cette fête, attendu la grande perte qu'elle vient d'éprouver"..

Au fil du temps, les habitudes s'installent et le plaisir de la fête l'emporte sur les considérations politiques. Les sommes votées pour la fête nationale augmentent, voire triplent: des 31 F de 1881 on passe à 80,00 F puis, en 1884, à 100,00 F qui sont consacrés aux "illuminations et pavoisements des édifices communaux et au banquet public sur la place devant la mairie". La fête s'est démocratisée et devient proprement nationale puisque tous les Cellulois y sont conviés. Pour 1887, nous avons le détail du festin populaire: à savoir 150 litres de vin à 40 F l'hectolitre, 70 pains blancs à 0,20 F la pièce, des illuminations et des décorations. Apparemment quatre ou cinq cents personnes sont attendues mais, si le pain est de qualité supérieure, on ne nous dit pas ce qui va avec. Par ailleurs, la célébration ne se fait pas encore le jour même du 14 juillet mais le dimanche suivant. Le travail est une autre valeur sacrée et il ne faudrait pas empiéter sur le temps qui lui est consacré ! En 1889, pour célébrer le centenaire de la Révolution, Cellule a son (premier ?) feu d'artifice qu'apprécient les habitants qui désormais en réclament un chaque année.

En moins de dix ans, une tradition s'est constituée avec son rituel qui s'est rodé petit à petit et qui nous semble aujourd'hui exister depuis toujours. A partir de 1890, le budget de la commune prévoit un crédit pour les festivités: on fixe un montant de 80,00 F pour la fête nationale du 14 juillet mais on décide d'accorder aussi 20,00 F aux organisateurs de la fête patronale de Sainte-Anne. La municipalité contribuera ainsi à toutes les réjouissances dans un souci de paix sociale, conciliant la vertu républicaine et les valeurs catholiques.

C'est que cette fête de Sainte-Anne est bien antérieure à la fête nationale puisque nous connaissons, grâce aux archives de la commune, les préparatifs de celle de 1698. Nous en reparlerons...

Dominique Hopp (01.2000)