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La ville

Le camion jaune de la Poste ne s’arrêtera plus sur la place du village, juste en face de l’ancien bureau de poste qui était situé dans les locaux de la mairie et dont le souvenir lui-même a aussi disparu. Et pourtant les télécommunications se portent bien, comme en témoignent les fax, Minitel, Internet, et autres téléphones fixes ou mobiles. En ce début du XXIe siècle, plus aucun village de France, si petit et éloigné soit-il, n’est isolé et tous bénéficient des derniers progrès techniques qui les mettent instantanément en relation avec le monde entier ; est-ce à dire que nos ancêtres ne savaient pas communiquer ?

Avant cette ère de la communication existaient les voies de communication ; les nouvelles se propageaient avec les hommes qui passaient sur les routes et les chemins boueux en hiver, poussiéreux en été ; c’est là que circulaient cavaliers et diligences, là que passaient les colporteurs et les marchands ambulants. Avec leurs almanachs, leurs tissus, des bobines de fil, ou des allumettes de contrebande, ils apportaient aussi les nouvelles de l’extérieur. Lorsque les nouvelles étaient graves et urgentes, elles étaient annoncées et amplifiées par les cloches dont les sonneries variées informaient les paysans dans leurs champs selon un code qui nous est devenu étranger.

Cellule a deux axes de circulation : du nord au sud et d’est en ouest. La RN 9, route nationale, autrefois royale ou impériale selon les évolutions politiques, a toujours existé, assurant la liaison de Paris vers l’Espagne via Clermont avec péage aux différents ponts. Mais la durée des voyages était plus longue qu’aujourd’hui ; certes, avec l’amélioration du réseau routier, la circulation devient plus rapide et plus dense : si huit jours pleins étaient nécessaires pour aller de Clermont à Paris avant la Révolution, on ne met plus que 50 heures en 1830.

Quant à la route départementale qui traverse Cellule d’est en ouest, elle n’était qu’un chemin de terre qui permettait de se rendre à Davayat d’un côté et au Cheix de l’autre ; c’est seulement dans les années 1850 qu’est mis en chantier l’axe transversal de Maringues à Combronde, en même temps que sont réalisés les talus et ponts nécessaires au passage de la toute nouvelle voie ferrée qui reliera Clermont-Ferrand à Paris en 1855. Le calibrage de ces voies détermine un nouveau niveau auquel toute la voirie désormais se conformera et explique que les constructions antérieures finissent par se retrouver en contrebas de la chaussée actuelle. Il faut descendre pour entrer dans de nombreuses cours et certaines habitations ont leurs fenêtres quasiment au niveau de la rue ou de la route goudronnée actuelle...

Avec l’essor économique et la prospérité, les gens écrivent de plus en plus : lettres, commandes, factures ; la distribution du courrier est appelée à jouer un rôle important dans les campagnes et les élus municipaux du XIXe siècle y sont attentifs, comme en témoigne l’installation du bureau de poste de Cellule, obtenu au prix d’âpres efforts.

Dès 1834, on signale, dans les archives, un bureau de poste aux lettres mais il ne s’agissait que d’une boîte aux lettres dont la levée avait lieu théoriquement tous les deux jours mais le ramassage n’était pas toujours régulier ; il est vrai que les chemins détrempés ou pleins d’ornières ne facilitaient pas les transmissions en hiver. Néanmoins, déjà à cette époque, les usagers exigent un service de qualité si bien qu’une réunion du conseil municipal de Cellule délibère sur cette question le 2 octobre 1836 :

"Le conseil a considéré : - que la commune de Cellule a une population considérable s’élevant à 2112 habitants, - que beaucoup d’habitants ont des relations fréquentes auxquels un jour de retard peut préjudicier soit pour le départ, soit pour l’arrivée des lettres, en conséquence, le conseil désirant profiter du bénéfice de la loi du 7 juin 1829 a été d’avis de demander que le service ait lieu journellement à l’avenir."

Le voeu des élus reste lettre morte, si l’on ose dire, et la même demande doit être réitérée en février 1842. Sans doute a-t-elle alors été satisfaite car on n’en fait plus mention pendant presque quarante ans. Puis, grande nouveauté technologique, le télégraphe est arrivé à Riom en 1858. Lentement et progressivement les communes voisines sont raccordées mais les lignes aboutissent à la mairie sans qu’il y ait un service pour le public.

En 1880, l’administration décide de remplacer l’unique boîte aux lettres de Cellule qui commence à être délabrée après plus de quarante années de service ; du coup, les exigences de modernisation et de confort sont ravivées. Certes, la commune a diminué (il n’y a plus que 977 habitants puisque La Moutade et Le Cheix se sont séparés du chef-lieu) mais les arguments ne manquent pas pour demander l’ouverture d’un vrai bureau de poste avec, en plus, le télégraphe pour tous. Le 17 mai 1883, le conseil municipal constitue un dossier pour faire valoir sa requête ; les arguments y sont exposés méthodiquement :

1) l’ancien chef-lieu est un centre de communication avec route et gare et une ligne télégraphique aboutit déjà à la mairie,

2) le bourg dispose d’un local au rez-de-chaussée de la mairie (c’est l’entrepôt de la pompe des pompiers) et d’un logement pour l’agent des postes et le conseil envisage de céder tout cela gratuitement pendant 18 ans,

3) enfin il y a deux établissements scolaires importants (le pensionnat de jeunes filles et le petit séminaire) avec une moyenne de 400 personnes qui reçoivent chaque jour 40 lettres, 15 imprimés et des mandats pour 12.000F par an.

L’affaire est sérieuse : plus qu’un désir de modernité, c’est l’honneur du village qui motive les élus. En effet, les communes de La Moutade, du Cheix et de Varennes-sur-Morge ont réclamé la création de ce bureau à Pontmort plutôt qu’à Cellule. Finalement le Ministère des Postes et Télégraphes a donné une suite défavorable à la demande des élus de Cellule, à la grande satisfaction de ces municipalités rivales. Nullement découragés, le maire et les conseillers reviennent à la charge, prêts à tout pour obtenir ce bureau et clouer le bec aux envieux : on établit un budget pour assurer le traitement de l’agent, du facteur et des diverses fournitures. En attendant l’aboutissement du dossier, on réclame pour le moins l’installation d’une boîte aux lettres supplémentaire à l’angle de la porte du séminaire. Sont également mis à contribution le député Gomot et le sénateur Salneuve qui interviennent juste avant la répartition des crédits disponibles ; avec de telles pressions, l’administration cède et donne son accord pour la création du bureau de poste tant convoité en janvier 1885. Les élus de Cellule l’ont remporté d’une courte tête grâce à une stratégie finement élaborée et à l’intervention du Saint-Esprit - ou plutôt des Pères ... du Saint-Esprit qui ont pesé de tout leur poids politique et économique.

Le succès n’est cependant pas encore acquis et les choses vont, hélas, se compliquer : en effet, les services académiques s’opposent formellement à ce que le receveur occupe les deux pièces du premier étage qui est le logement de l’instituteur. Qu’à cela ne tienne, on engage aussitôt des pourparlers pour acheter une maison "très bien disposée pour recevoir l’installation du bureau et pour le logement du titulaire" située le long de la rue principale non loin du presbytère ; mais cette dépense imprévue suscite des réserves et il est décidé de ne pas rémunérer le facteur du télégraphe qui resterait à la charge des destinataires ; cette pratique illégale est rejetée. Finalement on projette d’installer le service postal dans une partie des bâtiments de l’école avec l’extension du premier étage pour des logements totalement séparés de l’instituteur et du receveur avec même des escaliers distincts.

Or tout doit être fini en octobre pour la rentrée des classes. En réalité, les travaux traînent un peu mais ce n’est pas grave car l’instituteur est encore un religieux, le frère Martin de la Congrégation du Sacré-Coeur, qui loge au séminaire en attendant la nomination d’un laïc. Enfin, à la grande satisfaction de la population, le bureau de poste est inauguré le 16 octobre 1885 dans les bâtiments de la mairie-école. Mais il faut encore attendre deux ans pour l’inauguration du bureau du télégraphe dans le même local, en septembre 1887, alors que pourtant, quelques années auparavant, parmi les arguments en faveur du bureau de poste, les élus avaient indiqué l’existence d’une ligne télégraphique à la mairie... Y a-t-il eu des problèmes techniques ou s’agissait-il alors d’une ligne réservée aux communications administratives ? Un quart de siècle sépare l’arrivée du télégraphe à Riom et sa mise à la disposition de la population celluloise. Avec cette innovation, notre village se hisse au rang de bourgs plus importants et peut rivaliser avec Chatel-Guyon, Volvic, Combronde, Manzat, Ennezat ou Maringues. En tout cas, cela semble répondre à un besoin car habitants ou résidents y viennent nombreux. Devant une telle affluence, il faut songer à adapter le local aux normes d’hygiène : sont donc créées en 1890 des latrines à la disposition des usagers, lesquelles sont adossées au jardin de Sainte-Philomène !

Si les problèmes techniques ou administratifs sont quelquefois longs à résoudre, les questions humaines doivent être également prises en compte : à quoi sert un service moderne et rapide du télégraphe s’il n’y a pas de facteur ? C’est ce qui arrive quand, en août 1900, le préposé démissionne à cause de la difficulté de sa tâche ; une "factrice" est engagée qui renonce au bout de sept mois ; on la remplace par un nouveau facteur qui, lui, ne tient que trois jours avant de jeter l’éponge. Pour faire cesser cette valse des facteurs, on décide d’engager quelqu’un pour une durée déterminée (un CDD en quelque sorte) de trois ans : c’est Marien Barrier qui en devient le titulaire.

Les choses vont aller plus vite avec le téléphone qui dessert Riom en 1895 et est réclamé par les élus de Cellule dès 1901. Une boîte aux lettres est également installée à Saulnat et une autre à Pontmort. La situation semble dès lors satisfaire tout le monde et les grandes innovations marquent le pas jusqu’après la guerre avec la généralisation assez lente du téléphone chez les particuliers. Dans le même temps, avec le souci de la rentabilité, le personnel est réduit : le bureau de poste tant convoité est supprimé et remplacé en 1966 par une camionnette jaune appelée pompeusement "bureau de poste mobile". Des cabines téléphoniques publiques sont construites au cours de l’été 1967 à Saulnat puis en 1971 à Cellule. Disparaissent également les opératrices qui vous donnaient le 19 à Riom, le 10 au Cheix ou le 22 à Asnières (jusqu’en 1975) avec de nouvelles numérotations à 6, 8, puis 10 chiffres en 1997. Entre-temps, en 1996, Cellule était doté d’un point fax à l’épicerie du village. Dernier vestige d’une époque, la familière camionnette jaune de la Poste arrêtée chaque jour sur la place bitumée du village est remisée en mars 2002. Fini le temps de l’attente devant l’église où les fidèles de la Poste avaient rendez-vous chaque matin ; plus de sympathique attroupement où s’échangeaient les derniers potins du village. Certes, l’efficacité, le rendement et la rapidité y ont gagné mais que devient la communication quand, devant l’usager, il n’y plus qu’une machine impersonnelle ? En définitive, pour le service public de la Poste, les Cellulois se retrouvent avec leurs seules boîtes aux lettres, comme en 1880...

Dominique Hopp (12.2001)

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