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La ville

L’été 2003 restera comme celui des records : les performances réalisées par les coureurs pour le centenaire du Tour de France et les maximums de température enregistrés. L’inhabituelle durée de la chaleur et la persistante sécheresse que nous avons connues ont largement alimenté les conversations, fait régulièrement les titres des journaux en période creuse et, plus sérieusement, alerté les pouvoirs publics qui ont dû prendre hâtivement des mesures pour limiter les effets de la canicule.

Les plus grandes difficultés pour se procurer l’eau ...
Et, effectivement, en cette année 2003, chacun a pu constater que le lit du Chambaron était complètement sec, et la sécheresse n’a pas non plus épargné la Morge, tributaire de ses nombreux petits affluents. Il n’est certes pas exceptionnel que les ruisseaux se retrouvent sans eau, encore qu’un Chambaron totalement asséché soit très rare. Si de mémoire de Cellulois, on a connu des étés arides, il restait toujours quelques trous d’eau où se réfugiaient les poissons. Mais le ruisseau n’a jamais été d’un débit très régulier et, en 1880 , le conseil municipal s’en fait l’écho : “La commune de Cellule est d’ordinaire privée d’eau pendant environ les trois-quarts de l’année ; dans les grandes sécheresses, les habitants de Cellule et de Saunat ont les plus grandes difficultés pour se procurer l’eau indispensable pour alimenter les lavoirs publics et pour abreuver les animaux .” Les travaux d’adduction d’eau ne seront entrepris qu’en 1936 et les branchements faits en 1938 avec de l’eau de Volvic dans les lavoirs.…

Se pourrait-il que la Morge elle-même, avec les nombreux moulins qui sont bâtis tout au long de son cours, puisse se retrouver à sec ? Un tel constat, particulièrement alarmant, est pourtant fait en juillet 1822 par le conseil municipal de Cellule : " La Morge manque totalement d’eau : les habitants sont obligés d’aller moudre à des moulins très éloignés et les bestiaux exposés à ne boire que des eaux insalubres. " Et cette sécheresse n’était pas due, à l’époque, à un quelconque effet de serre. On voit bien qu’il n’y a rien de nouveau ... sous le soleil ; et il arrive que les étés soient très chauds ou les hivers très froids : vingt-huit ans auparavant, en juillet 1794 , il en avait été de même et les moulins de la Morge n’avaient pas pu tourner. Les relevés systématiques et fiables de la Météorologie Nationale sont récents, cependant on connaît, par les annales, tel événement climatique exceptionnel.

Pour Cellule, nous n’avons guère d’informations. Si l’état de la Morge est mentionné, c’est que l’activité économique en est affectée et que la population se trouve confrontée à de sérieuses difficultés : des mesures particulières doivent être prises et justifient des demandes de subvention au titre des calamités naturelles. Comme c’est la seule indication de cette nature dans le registre des délibérations depuis la création de la commune, il faut supposer qu’elle fait figure de record.

Fléaux calamiteux
Mais que dire de ce phénomène inverse quatre années plus tard ? "La Morge a débordé et entraîné le pont du Cheix et a passé quatre pieds de hauteur sur la grande route ". Rien que de normal après tout : depuis l’antiquité biblique, nous savons qu’il y a des années de vaches maigres et des années de vaches grasses. Ce qui est plus étonnant c’est la date de cette crue dévastatrice : le 30 août 1826 . Certes, les orages de la mi-août sont souvent violents, mais la quantité d’eau déversée a dû être considérable ; toute la Limagne semble affectée par ce phénomène avec des inondations partout à Riom. A Cellule, la menace vient essentiellement du Chambaron et nos élus s’interrogent : à titre de prévention, ne conviendrait-il pas de curer le ruisseau ? La question est débattue en conseil et le projet est rejeté parce qu’il a déjà été élargi quelques années auparavant et qu’il faudrait d’abord entreprendre les travaux nécessaires en amont, ce qui relève d’autres communes. Le principe de précaution n’est pas encore à la mode, le réalisme et le souci de l’économie priment.

Les querelles de clochers ne permettent pas d’envisager une communauté de communes comme aujourd’hui et chacun rejette la faute sur l’autre ; les Cellulois n’ont pas tort de désigner pour responsables les villages en amont ; le Chambaron, si paisible, a tendance à facilement déborder en cas de pluies abondantes parce que les propriétaires des terrains à Davayat, ou plus haut, négligent l’entretien du cours d’eau. Le phénomène est récurrent et, une fois de plus en août 1843 , on déplore une inondation qui affecte les maisons et les granges du quartier du Chaufour, quartier déjà très peuplé même si le séminaire n’était pas encore construit.

Ce problème aurait déjà dû être réglé car, en vingt ans, c’est la neuvième inondation ; les victimes en ont assez de ces débordements à répétition et interpellent le maire Antoine Duchamp. Les inondations ne sont-elles donc pas des "fléaux calamiteux" tout comme les incendies et les épidémies frappant les hommes ou le bétail. Voilà six années qu’Antoine Duchamp est à la tête de la commune et, en tant qu’avocat, il connaît les règlements et les lois ; il est vrai que dans la loi de 1790 sur l’organisation des communes, les inondations ne sont pas citées expressément comme fléau ; ce n’est qu’en 1884 que la loi donnera cette responsabilité au premier magistrat. En tout cas, aucun des cinq maires qui se sont succédé depuis vingt ans n’a su traiter efficacement ce dossier. Le seul qui aurait pu agir était Claude Garron : propriétaire du moulin, ce problème d’eau l’intéressait au premier chef ; mais son décès en 1837 , après sept mois de mandat, interrompt tout projet. Finalement , sous la pression des administrés, les élus réagissent et une réunion de crise est consacrée à cette calamité. Une étude sur les risques d’inondation faite quelques mois auparavant situait la cause des crues à Davayat ; Antoine Duchamp, quant à lui, incrimine les propriétaires actuels du moulin, les héritiers Garron, dont le déversoir est bien trop haut. A-t-il une vision plus réaliste ou règle-t-il ses comptes avec son prédécesseur ? Finalement un mur est construit à Davayat, censé éviter ce genre de catastrophes et l’année suivante le ruisseau est curé et recalibré. Toujours est-il que les années passent sans mention de crue ; mais peut-être ces années sont-elles sèches et arides...

Jusqu’au printemps 1856 où de nouvelles inondations sont constatées à la Prade. Cette fois-ci sont en cause les travaux de la voie ferrée tout juste inaugurée qui fait obstacle à l’écoulement de l’eau. Le nouveau maire Louis Dupuy dépose une réclamation à la sous-préfecture ; suite à la plainte, une expertise est diligentée, la construction d’un tunnel sous le remblai recommandée, des travaux d’endiguement du Chambaron prescrits et une indemnisation proposée par l’administration. Avant même les travaux, on aurait dû se douter des risques d’inondation dans cette partie basse de Cellule où, comme son nom l’indique à l’origine, c’était des prés, donc des terrains relativement humides.

Notre modeste cours d’eau est même évoqué à la cour impériale... En effet, lorsque les habitants de la Moutade veulent devenir une commune indépendante, ils constituent un dossier argumenté et, pour s’affranchir de la tutelle du chef-lieu, citent le Chambaron comme obstacle majeur. Dans la requête qu’ils remettent à l’empereur Napoléon III en 1862 , ils se plaignent de ce " que le torrent Chambaron et le ruisseau de Cellule qui traversent cette plaine rendent souvent les communications dangereuses ”. On notera que le ruisseau est qualifié de "torrent ", ce qui suggère une certaine impétuosité que nous ne lui connaissons plus guère, à moins que les habitants de La Moutade n’exagèrent en dramatisant pour faire aboutir leurs revendications. Plus mystérieux est ce " ruisseau de Cellule " : sans doute s’agit-il du fossé d’irrigation de la Prade qui a nécessité quelques années auparavant la construction d’un tunnel sous la voie ferrée.

Un danger permanent d’inondation
Au fil des années, le Chambaron et les fossés alentour continuent à faire parler d’eux en menaçant les habitations : une nouvelle montée des eaux inonde le Chaufour en décembre 1874 . La grange de Pierre Etard et "les étableries, la cave et l’atelier du sieur Magner François, tisserand" sont inondés. L’adjoint au maire se déplace le 11 décembre pour constater le sinistre :

[...] Cherchant la cause du sinistre, nous avons appris de la bouche même du sieur Bourbonnais Joseph, expert au Mas de Davayat, que cet individu avait détourné les eaux du ruisseau de Cellule par une large brèche faite à l’accotement de ce ruisseau au lieu dit la Sagne en face le pré de Dame Delphine Garron ; nous avons reconnu en même temps que les eaux ainsi détournées de leur cours ordinaire par la tranchée avaient défoncé le chemin des Prés d’Enhaut et charriant avec elles des détritus de feuilles sèches et de la vase, avaient obstrué la grille installée sur le fossé en question par Demoiselle Duchamp sur le côté nord de ses propriétés. Nous avons en outre reconnu - et il est avéré pour tout le monde - que cette grille est trop étroite et met dans un danger permanent d’inondation le quartier le plus populeux du bourg de Cellule. Nous déclarons en outre que le sieur Bourbonnais s’est montré peu conciliant et passablement revêche dans les observations que nous lui avons adressées relativement à sa conduite dans cette affaire, dont il a paru en sa qualité de régisseur des biens de Demoiselle Duchamp prendre toute la responsabilité.

Les deux propriétaires sont des personnalités de Cellule, et Delphine Garron est la fondatrice et supérieure du couvent des sœurs de la Miséricorde, aujourd’hui l’école Sainte-Philomène. Cependant, le responsable présumé ne se presse guère pour arrêter le trouble et fatalement un mois plus tard, une nouvelle crue causée par la même grille se produit. Aurait-il entrepris des travaux que les précipitations auraient entravé l’élagage des arbres, le déblayage des branches, et le curage, tout cela dans le froid, sous la pluie et dans la boue. Le garde champêtre Joseph Magner constate donc cette nouvelle “ inondation causée par le débordement d’un fossé d’irrigation. Nous avons visité d’abord le domicile du sieur Etard Pierre Barrier ; dans sa maison d’habitation l’eau avait pénétré et s’y élevait à hauteur de vingt centimètres ; dans sa cave , elle avait atteint à une hauteur de quarante centimètres ; dans la grange elle formait ruisseau ; au cuvage, elle était à vingt-cinq centimètres. Dans la maison de Claudine Dumaine veuve Etard, âgée de 76 ans, l’eau y était à vingt centimètres ; nous avons visité également la grange de Dumaine Antoine Barrier, celles de Barrier Etienne Taragnat, Déat Jean, Davayat Jean, Barrier Pierre Jaffeux. Dans ces pièces, l’eau avait pénétré à environ dix centimètres. Dans la cave de Davayat Jean, l’atelier et la cave de Magnard François le liquide atteignait une hauteur de vingt centimètres. L’eau avait dégradé ou détérioré dans ces différentes constructions savoir : aires de grange et d’atelier, sols de maison et cuvages, pommes de terre, paille, foin et effets d’habillements. Les intéressés ont déclaré que l’inondation avait commencé à trois heures du matin.”

Au printemps, rien n’a encore été fait et le 3 juin 1875 l’adjoint au maire est alerté par Marie Barrier, l’épouse de Pierre Etard. Il constate à nouveau “ le débordement d’un fossé qui reçoit le trop-plein du ruisseau du Chambaron ” toujours à cause de “ l’ouverture trop étroite de la grille installée sur ledit fossé par Mlle Duchamp ”. “Vers deux heures du matin le quatre juin, la destruction de la grille ayant été inutilement tentée par plusieurs personnes, une demande nous a été faite verbalement pour pratiquer, pour cause de sécurité publique, une brèche au mur supportant la grille, nous n’avons pas cru devoir donner immédiatement une pareille autorisation, l’obscurité étant trop complète pour juger de l’opportunité de la chose ; nous étions d’ailleurs à ce moment fort occupé à secourir les personnes et les animaux. Une femme infirme d’environ 75 ans, encore couchée, réclamait toute notre sollicitude ; les eaux montaient toujours et menaçaient d’un moment à l’autre de renverser les lits et autres meubles des habitations.” Quinze propriétaires sont sinistrés en cette année bien pluvieuse. Apparemment des travaux sont entrepris avec succès par Sophie Duchamp et on ne parle plus d’inondation.

Mais le Chambaron reste un souci pour nos élus. En 1880 , ils réclament une réglementation des eaux “considérant que la commune de Cellule est d’ordinaire privée d’eau pendant environ les trois-quarts de l’année, que, dans les grandes sécheresses, les habitants de Cellule et de Saunat ont les plus grandes difficultés pour se procurer l’eau indispensable pour alimenter les lavoirs publics et pour abreuver les animaux ; considérant qu’en cas d’incendie à prévoir, il serait impossible avec le peu d’eau que fournissent quelques puits d’arrêter efficacement les progrès d’un sinistre ; considérant que le ruisseau en question n’est jamais à sec dans les communes de Gimeaux et de Davayat qu’il traverse en amont et que les habitants de ces deux localités détournent à leur profit les eaux du ruisseau pour irriguer leurs prairies.” Ni Yssac ni Chatel-Guyon ne sont cités alors que le Chambaron traverse aussi le territoire de ces communes alors qu’à Gimeaux ne passe qu’un affluent du Chambaron. Depuis plus de quarante ans, un plan hydrographique, impliquant donc une certaine solidarité intercommunale, avait été demandé.

“Population éprouvée”
Parmi les intempéries notables, on ne saurait passer sous silence les grands orages qui se déchaînent dans la plaine. Ainsi nous apprenons qu’un " ouragan " d’une violence inouïe ravage Cellule en mars 1879 , couchant les arbres, abattant les cheminées, arrachant les toitures ; les plus touchées sont les couvertures en chaume mais l’église n’est pas épargnée et le clocher est si endommagé qu’il faut solliciter une aide d’urgence. Un autre orage s’abat sur la commune en juillet 1886 , avec une force telle que nos élus décident d’annuler les festivités du 14 juillet : " Un orage récent a dévasté toutes les récoltes de la commune ; la population éprouvée par ce sinistre ne prendrait aucune part à cette fête, attendu la grande perte qu’elle vient d’éprouver " peut-on lire dans le registre des délibérations. La fête nationale est récente et encore peu ancrée dans les traditions, largement concurrencée par la fête patronale de Sainte Anne : Cellule n’a, en effet, célébré l’événement patriotique que cinq fois jusque là.

Sécheresse, inondations, tempête,... Il reste encore le froid avec les récoltes compromises par le gel, les enfants et de vieillards victimes des mauvaises conditions climatiques. Pour Cellule, nous n’avons guère d’indications. Le registre des décès nous signale quand même seize décès sur les trois premiers mois de l’année 1778 , soit un peu plus que la moyenne, mais surtout quatorze enfants d’un jour à cinq ans, morts de maladie, de faim, de faiblesse, en fait victimes du froid. Peut-on incriminer les gouvernements des caprices extrêmes de la météo et leur reprocher leur manque de prévoyance ?

En tout cas, les phénomènes naturels imprévisibles ont parfois eu des conséquences politiques imprévues. Ainsi les historiens nous disent que l’hiver 1787-1788 fut très froid avec des puits gelés ; le printemps suivant fut pluvieux et l’été 1788 particulièrement chaud et sec avec de la grêle en juillet qui n’arrangea pas les récoltes ; enfin l’hiver 1788-1789 fut, à nouveau, très rigoureux avec des rivières gelées pendant plus de deux mois. La disette qui en a résulté a provoqué le mécontentement populaire, lequel a débouché sur les journées révolutionnaires que l’on connaît. Les registres de Cellule témoignent aussi de cette rudesse du climat. Comme les récoltes sont maigres, la soudure entre deux moissons est difficile et les plus pauvres, les moins robustes en sont les premières victimes. Ainsi, en trois mois, mai , juin et juillet 1789 , on enregistre treize enterrements à Cellule, et là encore, comme dix ans auparavant, on ne dénombre que deux adultes ; six sont des nourrissons de moins d’un an ; cinq ont entre deux et treize ans.

Lorsque s’enchaînent des étés torrides et des hivers polaires, les conséquences sont toujours plus graves pour les familles les plus vulnérables. Or les cycles ne sont pas exceptionnels, sans pour autant coïncider avec les sept années bibliques de vaches maigres ou grasses : c’est ainsi que, dans la période la plus récente, nous avons eu trois années particulièrement glaciales, avec les hivers 1984-1985, 1985-1986 et 1986-1987 . On sait que le grand froid avait défait les armées napoléoniennes prises au piège de l’hiver sibérien. Plus d’un siècle après, en 1929 , la France était sous la neige et grelottait ; le Rhin était gelé avec 70 cm de glace ; et Cellule connaissait des températures sibériennes. Nous apprenons, en effet, par la correspondance d’un Père du séminaire qu’il faisait chez nous -32° en février de cette année-là.

Peut-être un record à homologuer ...
Dominique Hopp (12.2003)

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