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La ville

Au cours de l’année 2004, d’importants travaux de restructuration ont été engagés dans les locaux de la mairie qui n’avaient guère changés depuis près d’un siècle. Ces travaux s’apparentent, par leur ampleur, à ceux réalisés au début du XXe siècle comme en témoigne l’inscription de la façade : 1911. Mais notre mairie actuelle n’a pas été construite à cette date, seulement remaniée et achevée, car il y a eu deux maisons pour une seule mairie, la première en 1870 et la seconde en 1911, comme nous allons le découvrir

Au commencement, il n’y avait rien... Puis, avec la Révolution française sont créées les communes, unités territoriales indépendantes qui doivent se doter d’une administration et d’une infrastructure. La mise en place des ces innovations est un casse-tête pour notre premier maire qui vient d’être élu à l’ automne 1792, Michel Montel. Où réunir le nouveau « Conseil général de la commune » ancêtre du conseil municipal d’aujourd’hui ? Les premières années, les conseillers se retrouvaient là où ils avaient déjà l’habitude de se rencontrer : devant l’église, dans la grange du presbytère voisin ou dans la sacristie où se réunissaient déjà les administrateurs de l’église. Il se trouve que le curé Marmontel était favorable aux nouvelles idées libérales si bien que, dans un premier temps, de tels lieux de réunion ne posaient aucun problème. Pour les réunions plus discrètes, les trois membres du « Conseil général de la commune », Michel Montel, Saturnin Taraniat et Jean Taragnat pouvaient tout aussi bien se retrouver chez Montel dans sa chaumière de Saulnat.

LA LOCATION DU “LIEU ORDINAIRE DES DELIBERATIONS ”

Cependant les actes officiels et autres bans doivent être affichés sur la porte d’un local public à la connaissance de tous ; c’est pourquoi les registres les plus anciens indiquent : « affiché à la porte extérieure de la maison commune de notre municipalité », sans plus de précision.

Comme Cellule ne dispose pas en propre d’une maison destinée à être le siège de l’administration communale, dès 1795, Michel Montel louera un local à un particulier. La localisation de cette maison commune n’est nulle part indiquée. Mais là encore les registres confirment l’existence de ce lieu : chaque réunion se fait «  au lieu ordinaire des délibérations », est-il noté pour chaque session. Au cours des années suivantes et grâce aux budgets votés, nous savons le prix de cette location : ainsi il en coûte 15 francs en 1833, 70 francs en 1858 aux contribuables cellulois.

Cette situation n’est pas exceptionnelle car une loi de 1837 rappelle aux communes qu’elles sont tenues d’entretenir la maison commune quand elles en sont propriétaires, ce qui signifie que souvent elles ne le sont pas.

Mais cette même loi indique qu’elles ne sont pas obligées de louer de local : le domicile du maire peut suffire comme siège de la mairie. Pour Cellule, ce serait difficile car la commune regroupe encore plusieurs agglomérations avec Le Cheix et La Moutade et on imagine mal le siège de la mairie se déplaçant au gré des élections, tantôt à La Moutade tantôt au Cheix ou à Cellule. En effet, l’alternance semble la règle : au pionnier Michel Montel de Saulnat succèdent Jean Demay de Cellule, puis François-Amable Ferrand de Fontorte, propriétaire à la Moutade, l’avocat Marien Vidal, Antoine Duchamp, autre avocat domicilié à Riom mais propriétaire au Chaufour, Robert Fargette, aubergiste au Cheix, le propriétaire du moulin de Cellule Claude Garron et Louis Dupuy de Pontmort. Un local est donc loué au chef-lieu pendant une cinquantaine d’années.

C’est sous le mandat de Louis Dupuy qu’est lancée l’idée de construire une mairie. En 1859, les discussions budgétaires sur l’école amènent les conseil municipal à aborder cette question ; en effet, de récentes lois imposent la construction d’écoles dans chaque village. On avait tenté de limiter les dépenses en avançant que Cellule avait déjà des écoles avec le séminaire et Sainte-Philomène et, par ce biais, on avait supprimé en 1857 l’école communale publique. Mais cette économie a un effet inattendu sur le budget : « A l’article 40 « location de maison d’école », le conseil avait voté 110 F ; mais comme l’instituteur qui résidait au chef-lieu et qui habitait le bâtiment destiné à servir de maison commune fut supprimé après le vote du conseil ; l’administration supérieure ayant connaissance de ce fait ne maintint point cette somme, pensant sans doute que ce local devenait inutile tandis qu’il sert exclusivement de maison commune, salle de délibération, de recette pour le receveur municipal, un cabinet pour les archives et de logement d’un garde gardien. Comme l’école avait disparu, disparaissait aussi le local de la mairie... qu’il a fallu louer sous une autre ligne budgétaire.

Quelques années plus tard, en 1863, c’est le bail de la mairie qui vient à échéance et une séance du conseil est consacrée à cette question :

« Monsieur le Président a exposé au conseil qu’il était nécessaire et indispensable d’aviser au moyen de faire construire d’abord, pour le chef-lieu, une mairie, et, pour la section de la Moutade, une maison-école, attendu que la maison à loyer qui sert de mairie ne pourra bientôt plus être louée et qu’on se trouvera presque dans l’impossibilité de pouvoir trouver une autre maison pour cet objet… »

L’ACHAT DE "LA MAISON COMMUNE DESIREE DEPUIS SI LONGTEMPS"

Les choses n’avancent pas et le grand projet de construction d’une mairie reste en suspens jusqu’au mois de février 1867 : à l’ordre du jour, le projet d’achat de la maison qui sert déjà de mairie provisoire pour l’aménager en maison d’école et mairie. Le principe en semble acquis mais le dossier n’est pas prêt. Au conseil suivant, en mars, sont examinés des plans pour la maison commune ; par mesure d’économie, il est décidé « d’exclure les ornementations, en un mot tout ce qui peut flatter l’oeil sans utilité », mais, comme plusieurs projets sont en concurrence, il importe d’étaler les constructions selon un ordre de priorité : d’abord la mairie du chef-lieu, puis une école à la Moutade, et une autre au Cheix. Vu le coût, un échelonnement du programme s’avère indispensable. Mais quelques mois plus tard, une étude approfondie du dossier conduit les élus à prendre une décision radicale : la suspension de tous les projets. En 1868, les plans et devis sont à nouveau approuvés mais, l’année suivante, des réticences s’expriment à nouveau jour concernant l’emplacement du bâtiment, « la place publique où il avait été choisi en premier lieu offrant des inconvénients tant à cause des voisins que des cérémonies du culte ».

En fait, c’est l’attentisme qui prévaut à la veille de grands changements ; en effet, la sécession réclamée par les habitants de La Moutade et du Cheix depuis des décennies va se faire et les élus de ces sections ne se sentent plus guère concernés par la mairie de Cellule. Deux mois plus tard, la partition de La Moutade et du Cheix est officialisée et chaque commune peut désormais gérer souverainement ses projets. Tout se débloque : en novembre 1869 est faite l’adjudication pour la construction de la mairie suivie des démarches pour emprunter la somme nécessaire. En 1870, la question débattue depuis trente ans et toujours retardée ou repoussée par des querelles de clochers est en voie de réalisation : « ... avant la fin de l’année, la maison commune désirée depuis si longtemps par la population sera enfin terminée » ; mais le bâtiment en construction étant assez vaste et l’emplacement assez étendu, on s’avise qu’il serait peut-être utile d’y adjoindre aussi l’école qui avait été le point de départ de tous ces projets. Ainsi il est envisagé une extension dans le petit jardin qui donne sur les champs pour y ajouter cette fameuse école ; mais il ne s’agira que d’une école de garçons car les filles resteront scolarisées à l’école Sainte-Philomène.

De nouveaux maires sont en charge de la commune. Gabriel Mignot, élu en 1870, fait voter en 1872 de nouveaux impôts pour des travaux de construction à la mairie, pourtant théoriquement achevée. A la fin du mandat de son successeur, Louis François Guillaume Huguet, en 1878, la mairie est bien terminée mais apparemment pas l’école. Celle-ci sera finie en juin 1880 avec salle de classe dans le jardin et logement pour le maître dans le bâtiment même. A cette date, Cellule a une infrastructure conforme aux nouvelles normes qui vont être promulguées avec les lois de 1881, 1882 et 1883 qui organisent l’enseignement primaire moderne gratuit, obligatoire et laïc et la loi de 1884 qui impose à chaque commune d’avoir un local indépendant pour mairie.

Bientôt un autre problème est soulevé : les élus veulent un bureau de poste mais où l’installer ? On envisage un moment d’acheter «  une maison très bien disposée pour recevoir l’installation du bureau et pour le logement du titulaire » située au nord et au bord de la route et qui appartient au même Jean Pouzol, maréchal-aubergiste. Finalement la solution retenue est un aménagement des locaux de la mairie-école où on mettra le bureau et le logement. Mais les services académiques s’opposent formellement à ce que le receveur occupe les deux pièces du premier étage qui sont réservés à l’instituteur. Qu’à cela ne tienne, on aménagera le premier étage avec des logements totalement séparés pour l’instituteur et pour le receveur, et même des escaliers distincts. Les travaux sont expédiés pour que le bureau de poste puisse ouvrir le plus vite possible : l’inauguration est faite le 16 octobre 1885.

A cette date et à l’endroit que nous connaissons aujourd’hui, Cellule a son local pour la mairie, avec dans le même bâtiment le bureau de poste, l’école de garçons et les logements de fonction qui vont avec. Curieusement, la matrice cadastrale n’indique pas de changement de propriétaire pour la maison qu’a sans doute achetée la commune, car il est improbable que les élus aient engagé des travaux si importants sans avoir acquis le terrain. Et pourtant le propriétaire de la parcelle où se trouve le bâtiment reste un certain Pouzol, sans doute le maréchal-aubergiste cité plus haut. Apparemment la parcelle qu’il possède n’est pas morcelée et c’est toujours lui qui paie les impôts fonciers…

UNE EXTENSION QUI “PRESENTE DE GRANDS AVANTAGES POUR LA COMMUNE”

Tout va rentrer dans l’ordre une vingtaine d’années plus tard quand on reparle de construire une école, mais il s’agit cette fois-ci de l’école de filles.

Jusque là elles étaient toujours scolarisées à Sainte-Philomène, mais, avec l’interdiction en 1904 des écoles congréganistes et la loi de 1905 consacrant la séparation de l’Eglise et de l’Etat, Cellule doit se doter d’une école de filles laïque. La logique veut qu’elle soit à côté de l’école de garçons qui occupe une partie de la mairie. Or il se trouve qu’il y a un immeuble mitoyen avec la mairie. C’est un bâtiment qui appartient à un particulier, M. Gonnard, à qui on va louer le local. Puis, en 1909, on lui fait une proposition d’achat et on l’invite à en discuter au conseil. Mais les tractations avaient traîné en longueur et il informe le conseil qu’il n’en est plus le propriétaire, l’immeuble convoité étant désormais le bien de son gendre Rigaudias. On repousse les pourparlers à la séance suivante pour que des contacts puissent être pris avec le nouveau propriétaire qui habite Clermont-Ferrand.

A partir de là, le dossier va être mené tambour battant. Il est vrai que « l’immeuble Rigaudias présente de grands avantages pour la commune et l’école, étant placé au centre du village de Cellule, attenant à la mairie, à l’école de garçons et au bureau des postes et télégraphe. Sa vaste construction, l’étendue de son jardin (12 ares 36) permettent d’y aménager ou d’y édifier une école avec cour, préau et jardin. » Une promesse de vente est signée, les élus font appel à un architecte clermontois pour dresser des plans. Une fois le projet approuvé par le ministère et la préfecture, on monte un dossier de financement par emprunt et par imposition extraordinaire. C’est l’époque des grands chantiers puisqu’au même moment la mairie de Riom est elle aussi restaurée et reçoit en grande pompe la visite du Président de la République Armand Fallières. Le chantier de Cellule n’a pas ces honneurs.

Et pourtant les travaux sont de taille : l’espace de la mairie va être doublé. Au lieu des trois niveaux que possède la maison, l’architecte prévoit d’en supprimer un et de tout mettre au même niveau comme dans le bâtiment qui existe déjà : la future maison commune n’aura plus qu’un seul étage ; les ouvertures seront sur le même modèle que celles de la mairie, les deux charpentes alignées ; pour l’accès au premier étage un escalier est créé et l’atelier voisin attenant à l’auberge détruit pour obtenir un ensemble harmonieux : le passant découvrira une seule et même façade de l’angle du chemin de Saulnat jusqu’à l’auberge. En fait, il ne reste rien de l’ancienne maison Rigaudias qui avait un joli petit balcon au premier étage. Ironie de l’histoire, notre commerce multiple avec son café-restaurant se trouve dans les mêmes murs que l’auberge Pouzol au début du XXe siècle. En 1911, avec la surélévation du bâtiment pour le logement de l’institutrice, c’est la fin des travaux de gros oeuvre, fièrement rappelée par la date sur la façade, mais l’inscription se trouve bien du côté droit, dans la partie refaite et ajoutée et non dans l’ancien bâtiment. Cette distinction entre ancien et nouveau bâtiment s’est estompée aujourd’hui, mais, quand une vingtaine d’années plus tard il s’agit de faire des travaux, on spécifie toujours sur quelle partie du bâtiment en précisant « ancienne mairie » ou « nouvelle mairie ».

Des travaux complémentaires de finition ont lieu en 1912 et en 1913 et, comme l’adjudication à l’entreprise Gaillard a été moins coûteuse que prévue, les élus se réjouissent d’une économie qu’ils envisagent d’utiliser pour autre chose. Ils sollicitent donc l’abandon par l’administration du gain obtenu ; mais c’est sans compter la vigilance des fonctionnaires : «  Monsieur l’Inspecteur d’Académie fait observer, pour que l’abandon total soit possible, qu’il faudrait que le reliquat de 451,49 F fût tout employé et qu’il y aurait lieu de poser des jalousies ou des stores aux fenêtres de la classe et à celles du logement des maîtres donnant sur la route. » Dépité, le conseil se plie à la rigueur budgétaire et « prend l’engagement formel de faire poser les stores demandés et le surplus du reliquat sera employé à l’aménagement d’un vestiaire à l’école de garçons et dit que le travail sera exécuté au plus tôt. » L’engagement fut réitéré en octobre 1915, mais il est probable que les retards furent plutôt dus à la guerre qu’à la mauvaise volonté des élus.

En août 1917 avant la rentrée des classes d’octobre, on songea à une permutation des deux écoles - de garçons et de filles - pour des raisons pratiques :

« M. le Président expose à l’assemblée que la salle de la mairie étant dans l’immeuble affecté à l’école de filles, qu’elle a communication directe avec le logement de l’institutrice, que les portes extérieures d’entrées de l’école de filles et de la mairie (avec enseignes Mairie et École) sont juxtaposées, présentent de certains ennuis et fréquents dérangements ; l’institutrice est souvent dérangée par les personnes qui croient le secrétaire à côté ; que le service de la mairie est de plus en plus chargé et particulièrement à Cellule qui possède différents établissements et les archives peu anciennes de trois communes dont la consultation fréquente donne un surcroît de travail ; que l’instituteur secrétaire de mairie habitait précédemment cet immeuble et ne l’a quitté qu’en octobre dernier ; son changement d’habitation a jeté un certain trouble dans les habitudes de la population et des forains ; que les immeubles affectés à l’école de garçons et à l’école de filles présentent au point de vue scolaire les mêmes avantages et commodités ; que l’école de filles n’est pas pourvue de titulaire ; par suite du service de la mairie exceptionnellement chargé et afin d’en faciliter la bonne exécution, il y a lieu de solliciter le transfert de l’école de garçons à l’école de filles et vice versa. »

Le projet n’a, semble-t-il, pas eu de suite, et la France était toujours en guerre...
Même si la partie la plus habitée du chef-lieu est le Chaufour, l’emplacement retenu est une réussite du point de vue de l’urbanisme puisqu’a été créé en quelques décennies un pôle où sont regroupés l’église, le presbytère, l’école Sainte-Philomène, la nouvelle mairie avec les écoles et le bureau de poste et même un café. Le hasard a un peu présidé au résultat que nous connaissons aujourd’hui. En 1862, lorsque l’ancien cimetière devant l’école avait été déplacé à l’instigation des Soeurs de Sainte-Philomène, les élus avaient à songé à la construction d’une mairie à l’angle du chemin ; un demi-siècle plus tard, profitant d’une opportunité, ils avaient décidé son extension avec l’achat de la maison mitoyenne. Au fil des années, les élus ont également veillé à améliorer l’environnement de la maison commune. Le carrefour situé entre Sainte-Philomène et la mairie n’était qu’un terrain vague tantôt boueux tantôt poussiéreux indigne d’être le coeur de la commune. Un projet d’aménagement est discuté en 1892 : l’ancien chemin «  de Ste Anne et des Poiriers » qui partait de l’angle de la mairie s’avérant peu praticable, on décide la construction d’une vraie route vers Saulnat. L’aménagement de ce carrefour était même plus élaboré encore qu’aujourd’hui car on avait imaginé un axe nord-sud avec un prolongement vers La Moutade, jamais réalisé.

Depuis lors, le bureau de poste a disparu pour laisser la place à une épicerie, puis au logement très provisoire du dernier curé. Les logements de fonction étaient devenus des appartements. Désormais, et pour la première fois, le bâtiment de la mairie n’abritera plus que les services de la mairie, sauf pour la partie arrière toujours réservée à l’école. La tradition est ainsi maintenue, car, si Cellule a fini par avoir sa mairie, c’est chaque fois grâce à un débat concernant l’installation de l’école de garçons ou de l’école de filles.

Dominique Hopp (12.2004)