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La ville

Au coeur du village, les bâtiments de l’Institution Sainte-Philomène ont été transformés en 2008-2009. Auparavant c’était un couvent avec une école et un pensionnat. Quand les dernières religieuses sont parties, l’immeuble est longtemps resté vide jusqu’aux travaux récents de réhabilitation où les anciens dortoirs et salles de l’étage sont devenus des appartements, comme cela avait déjà été le cas pour l’ancien presbytère qui se trouve de l’autre côté de la route. Hier, comme aujourd’hui encore, Sainte-Philomène est associée à cette école où sont passées tant de jeunes filles de Cellule et d’ailleurs. Pourtant, on ne trouvera pas la fête de cette Philomène sur le calendrier.

Elle connaît un soudain succès au début du XIXe siècle, lorsqu'on trouve à Rome des ossements attribués à une jeune martyre chrétienne victime des persécutions de Dèce ou de Dioclétien, tous deux empereurs au IIIe siècle. Cette découverte est propice à stimuler la foi mise à mal par la Révolution et une campagne médiatique est lancée autour de cette nouvelle sainte. Ainsi, dans les années 1840, les paroisses qui en font la demande peuvent obtenir des morceaux de reliques avec certificat d'authenticité signé d’un prélat de Rome. L’établissement de Cellule fondé en 1847 témoigne de cet engouement. Au fil des années, on commence à douter de l’authenticité des ossements qui pourraient aussi bien être ceux d'une noble dame romaine sans rapport avec le christianisme. Un siècle plus tard à l'occasion d'une remise à jour des saints du calendrier, la bienheureuse Philomène a été rayée de la liste et est retombée dans l'oubli, sauf à Cellule

Catherine-Delphine Garron

A l’emplacement du pensionnat, il n’y avait autrefois qu’un grand champ. Un jour, une jeune fille de bonne famille, entrée en religion, décida d’y bâtir un petit couvent. Le choix de la localité n’était pas dû au hasard, car la fondatrice était la fille du propriétaire du moulin, notable et éphémère maire de Cellule, Claude Garron. En 1837, à la mort de son père, elle hérita d’un certain nombre de terres mais que pouvait en faire une jeune religieuse des soeurs de la Miséricorde de Billom sinon utiliser cette manne pour la gloire de son ordre et réaliser quelque chose d’utile ? L’idée de revenir à Cellule où elle avait tant d’attaches et de souvenirs ne l’avait jamais quittée quand elle était à Billom ou à Montaigut. A trente-neuf ans, elle alla donc convaincre sa supérieure de la laisser ouvrir un nouvel établissement à Cellule, dont elle fournirait le terrain. Et c’est ainsi qu’avec l’approbation de sa hiérarchie, avec l’adhésion du père Astier, curé de Cellule, et avec le soutien d’une de ses proches amies, religieuse également issue de Cellule, que Catherine-Delphine Garron, "Soeur Marie-Angélique" en religion, fit construire un petit couvent à un emplacement idéal : au coeur du village, face à l’église et au tout nouveau presbytère.

Afin de délimiter son nouvel établissement, la dame Garron, déposa, en 1847, une demande de permis pour la construction d'un mur du côté de la route et le long du chemin qui sépare l'actuelle salle polyvalente de l'école libre. De l'autre côté, à l'ouest, se trouvait le cimetière du village, le long de l'actuelle route qui mène à Saulnat. Cinq ans plus tard, le couvent s'était bien développé et abritait une dizaine de soeurs; or ce cimetière gênait l’extension que projetait l’infatigable supérieure. Elle se décida alors tout bonnement à demander à la commune de déplacer le cimetière un peu plus loin, en lui offrant un terrain équivalent. Elle soumit cette proposition inattendue au maire qui la fit examiner par le conseil municipal du 14 mai 1860. Le dossier fit l’objet d'un "sérieux examen", car l’affaire était aussi délicate que sensible.

Transporter un cimetière à plusieurs centaines de mètres n'est pas sans poser de nombreux problèmes techniques; et accéder à la demande si extraordinaire de la soeur consistait à favoriser une congrégation alors qu’une autre, les pères du Saint-Esprit, venait de s’implanter à Cellule; enfin les élus avaient compris que le projet était capital pour la soeur et pour le développement de son institution. Il y avait matière à marchander : l’existence d’un deuxième établissement réputé et florissant ne pouvait être que bénéfique à la commune. Un expert vint estimer la valeur des terrains échangés; la première offre fut renégociée; Soeur Marie-Angélique, tenace, fit de nouvelles propositions en concédant une superficie plus grande et en acceptant une participation financière. Un an et demi plus tard, en 1861, le transfert du cimetière était conclu à la satisfaction des deux parties.

Les filles à l’école

La loi Falloux de 1850 faisait obligation aux communes de plus de 800 habitants d'ouvrir une école de filles. C’était le cas de Cellule qui regroupait encore les villages du Cheix et de La Moutade et les élus durent songer à la mise en conformité avec la loi qui entraînait d’importants investissements. En 1867, un programme de constructions fut établi : d'abord la construction d’une vraie mairie au chef-lieu qui n’en avait pas, puis une école de garçons à La Moutade, enfin une école de filles au Cheix. Cellule aurait ainsi officiellement son école laïque de filles.

Dans les faits, de nombreuses filles étaient déjà scolarisées à Sainte-Philomène où la formation était de qualité comme en témoigne ce descriptif de 1870 :

Le but de cette oeuvre (pensionnat) est de former à une vertu solide les jeunes filles confiées aux soeurs, de leur inspirer l'amour de Dieu et des parents, le goût du travail, enfin, d'orner leur esprit de connaissances utiles en rapport avec leur position sociale. L'étude de la langue française, le calcul, des notions de littérature, l'histoire et la géographie, etc., etc., composent le programme intellectuel. On s'applique surtout à former le coeur des jeunes filles par l'étude de la religion, les habitudes d'une discipline pleine d'affection mais exempte de faiblesse. L'extérieur n'est point négligé. On s’efforce de leur faire tenir un juste milieu entre une timide gaucherie et une mondanité affectée et ridicule. Le meilleur éloge qu'on puisse faire de ce pensionnat, c'est de constater que malgré le nombre considérable d'oeuvres semblables établies tout autour de lui, il n'a pas cessé de conserver, avec sa réputation première, le nombre de ses élèves. Depuis 23 ans, ce nombre s'est maintenu entre 50 et 70.

En définitive, les investissements projetés par la mairie, trop ambitieux et coûteux, vont être abandonnés, les élus considérant que les enfants de la commune sont suffisamment pourvus en écoles. Pour les garçons, il y a celle de Cellule et celle de La Moutade; pour les filles, il existe trois écoles libres: la première est assurée par les Soeurs de la Miséricorde (notre Institution Sainte-Philomène); la deuxième est installée à la Moutade et dirigée par la femme de l'instituteur communal; enfin celle du Cheix est tenue par une institutrice brevetée. Un projet autrement plus urgent préoccupe les élus, c’est la séparation imminente de la Moutade et du Cheix, sécession réclamée depuis près de trente ans ! Finalement, la séparation en trois communes en 1869 va accélérer le traitement du dossier qui devient un problème uniquement cellulois.

Du coup, les travaux de la mairie vont réellement être envisagés avec une extension pour une école de garçons; quant aux filles, elles resteront scolarisées à Sainte-Philomène : avec le nouveau découpage des communes, Cellule se trouve largement sous le seuil fixé par la loi Falloux. Néanmoins, pour régulariser une situation qui perdure, le conseil municipal propose, en 1878, que l’école libre Sainte-Philomène devienne école communale et que soit nommée institutrice communale Marie-Célestine Aniel, en religion “soeur Marie-Cécile”.

Finalement, la mère Marie-Angélique a toutes les raisons d’être satisfaite : ses rêves se sont réalisés, son couvent s’est considérablement développé avec des constructions nouvelles : depuis sa fondation trente-cinq ans auparavant, la maison a prospéré avec un grand pensionnat et onze religieuses. A Cellule rivalisent désormais deux établissements religieux prestigieux dont elle est en quelque sorte la pionnière : d’un côté l’Institution Sainte-Philomène et, à l’autre extrémité du village, le séminaire des Pères du Saint-Esprit fondé une dizaine d’années après le sien. 


Mais la législation évolue et en mars 1883 entre en vigueur une loi selon laquelle les communes de 500 habitants doivent ouvrir une école de filles; et Cellule vient de dépasser ce seuil. Cette menace n’affecte guère la septuagénaire Catherine-Delphine Garron dont la détermination est restée intacte: elle a assuré l’avenir en signant avec la commune un bail pour la location de ses murs afin d’y accueillir l’école de filles. En 1883, elle s’éteint à 75 ans et se fait enterrer dans la chapelle de l’institution. Marie-Célestine Aniel prend sa suite comme supérieure de la maison de Cellule et continue son oeuvre en obtenant un nouveau bail avec la commune en 1888.

En 1904 et en 1905, la fronde anti-cléricale s’accentue avec l’interdiction des écoles congréganistes et la séparation de l’Église et de l’État. Cette fois-ci, Cellule doit vraiment se doter d’une école de filles laïque. Un projet de construction est envisagé sur un terrain situé à l'entrée du village au bord de la route, mais rien n’est tranché et il faut attendre 1915, sous le mandat de Gabriel Mignot, pour que cette école voit le jour à côté de l'école de garçons dans les bâtiments même de la mairie.

Mais des générations de filles continueront à fréquenter l’Institution Sainte-Philomène dont nous avons une idée très précise grâce aux nombreuses cartes postales qui existent et présentent les bâtiments du pensionnat, sa cour, sa chapelle, son dortoir, son réfectoire. Ces cartes envoyées un peu partout par les petites pensionnaires ont contribué à la renommée du village.

La bonne soeur

Soeur Marie-Angélique repose donc dans sa chapelle, ce qui est un privilège réservé aux supérieurs de monastères ou couvents ou encore aux évêques. Reste cependant une curiosité dans la cour des nouveaux logements : une stèle discrètement abandonnée sous les arbres contre un mur et qui porte l’inscription suivante :

ICI PARTIE DU
COEUR DE G.B.E.
GARRON FEMME
DE J.M.L. HUGUET
ENTERREE A
BILLOM LE
17 JUIN 1844

Qui donc a une partie de sa dépouille reposant à Cellule ? Il s’agit de la soeur de Catherine-Delphine, Gilberte-Benoîte-Eugénie Garron, décédée à trente-quatre ans, qui avait épousé six ans auparavant Jean-Michel-Léon Huguet. Lorsque “Sœur Marie-Angélique” décide de fonder un établissement qu’elle paye en grande partie de ses propres deniers, une des raisons de le faire à Cellule est à coup sûr la présence de son beau-frère et de ses trois neveux qui ont hérité du moulin familial au Chaufour.


Ce retour aux sources était pour elle déterminant mais elle avait tenu expressément à en rapatrier une relique afin d’avoir auprès d’elle sa soeur cadette dans un lieu qui leur était cher à toutes deux. La soeur supérieure était aussi une soeur aînée qui avait le sens de la famille. Un de ses neveux, devenu notaire, sera chargé de ses affaires ou de celles de la Congrégation du Saint-Esprit lors de la vente en 1861 du moulin Huguet aux Pères du séminaire. Mais elle avait aussi un coeur sensible, une grande fidélité du souvenir et un réel attachement à Cellule.

Visionnaire dans ses desseins, énergique dans la conduite de la maison et coriace dans les négociations, telle nous est apparue la mère fondatrice : elle a traversé une époque assez mouvementée, vivant dans un siècle politiquement agité, ayant connu au cours de sa vie deux empereurs, trois rois et deux républiques. Celluloise, fille de maire, la dame Garron ne se laissait pas impressionner par les six magistrats successifs avec qui elle eut à traiter les dossiers de son institution. Lors de la fondation, elle avait eu affaire à l’avocat Antoine Duchamp; puis, au moment du transfert du cimetière à un autre avocat, Louis Dupuy de la Grandrive; se sont ensuite succédé Gabriel Mignot, Louis François Guillaume Huguet, Henri de Frétat et Gilbert Taragnat. La cohabitation la plus facile fut sans nul doute, avec son neveu Huguet qui occupa brièvement la même fonction de maire que son grand-père Garron. Les familles nobles et bien-pensantes ne lui furent jamais hostiles et les Cellulois appréciaient l’institution.

La raréfaction des vocations de prêtres avait déjà entraîné la fermeture du séminaire en 1977, et la transformation du presbytère en appartements en 1993; le départ des dernières soeurs de la Miséricorde a conduit irrémédiablement à la restructuration du pensionnat en logements.

Dominique Hopp (12.2009)

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