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La ville

PATRIMOINE

A Cellule plusieurs édifices intéressants méritent une certaine attention de la part du visiteur curieux des choses anciennes : une jolie église comportant un bas-relief du XVe siècle en pierre taillée classé à l’inventaire du patrimoine; de majestueux bâtiments au Viaduc dont la construction a commencé en 1856 pour abriter un séminaire; une belle école Sainte-Philomène qui a été fondée par une Soeur de la Miséricorde en 1847; de curieuses et belles caves tant à Cellule qu’à Saulnat; une ligne de chemin de fer construite laborieusement de 1848 à 1865 et qui fut peu après le théâtre d’un accident ferroviaire spectaculaire en 1871; des croix de mission à presque tous les carrefours dont la plus ancienne, la croix Barrier, est citée dans un contrat de 1554.
Enfin deux moulins dont l’un retiendra notre attention aujourd’hui: il est situé au quartier du Chaufour, à l’entrée du village quand on vient de Davayat. Son origine est très ancienne sans qu’il soit impossible de dater sa construction. Néanmoins on connaît par divers documents ses derniers propriétaires.

Le moulin de Cellule

Sur le premier cadastre de la commune établi en 1809, le propriétaire était un géomètre de Riom, Etienne Caille. Son père Eugène Caille, notaire  lui aussi à Riom, l’était déjà en 1784 comme en témoigne un rapport établi par un expert chargé de remédier aux crues répétitives du Chambaron.
L’avocat Claude Garron, adjoint au maire de Riom, acheta le moulin à la famille Caille alliée à son neveu. Il y résida avant de devenir maire de Cellule en 1836. Lorsqu’il mourut l’année suivante, il laissait deux filles dont l’une, devenue religieuse, fonda l’Institution Saint-Philomène et l’autre épousa un notaire de Billom Léon Huguet avec, entre autres, le moulin pour dot.
Les fils Huguet héritèrent du moulin en 1849 et le vendirent en 1861 à la Société Civile de la Providence-Saint-Sauveur créée récemment par les Pères du Saint-Esprit pour leurs achats à Cellule. Issus d’une famille de notables acquise aux bonnes oeuvres, les vendeurs ne leur étaient pas inconnus et le prix de la transaction fut des plus raisonnables. Une telle cession était une aubaine pour les Pères qui pouvaient ainsi s’agrandir avec une propriété aux portes du séminaire. Le supérieur général de la congrégation, le Père Ignace Schwindenhammer, favorable au développement foncier de chaque maison et personnellement attentif à tout, fit le déplacement de Paris pour l’occasion et cosigna l’acte avec le Père Louis-Clément Hubert qui était le jeune directeur local du petit scolasticat depuis deux ans.

La loi de 1903 supprimant les congrégations et leur interdisant l’enseignement créa une situation nouvelle : les biens des congrégations dissoutes furent saisis et vendus. La congrégation du Saint-Esprit et du Saint-Coeur-de-Marie fut dissoute, puis rétablie mais l’interdiction d’enseigner demeurait. Pour Cellule, les biens firent effectivement l’objet d’une saisie et mis aux enchères mais l’acheteur était un prête-nom et le changement de propriétaire ne fut que formel: c’est Louis-Gustave Sédillon, l’homme d’affaires parisien de la congrégation qui devint en 1909 l’administrateur du nouveau grand séminaire qui remplaçait le petit séminaire dans l’actif immobilier duquel se trouvaient notre moulin et ses dépendances.
Le procès-verbal de saisie immobilière indiquait qu’il s’agissait d’“un tênement de bâtiments comprenant un moulin à deux tournants, ses agrès et immeubles par destination avec béal, écluse, bâtiments d’habitation composés de cuisine, salle à manger, chambres et grenier, bâtiments d’exploitation composés de granges, remises, écuries, étableries, hangar, le tout contigu et s’ouvrant sur la cour qui se trouve au milieu des dits bâtiments, lesquels sont construits en pierres couvertes en treillis
plus un jardin à l’ouest des dits bâtiments se trouve un pré verger dit “La Sagne” qui est également saisi et se composera en un seul et même lot avec les bâtiments ci-dessus décrits
le tout occupant une superficie de 97 ares avec 63 centiares portés sous les n° 690, 691, 692, 693 section H du plan cadastral de la commune de Cellule confiné au nord par un ruisseau, au sud par un chemin, à l’est par la route de Davayat, à l’ouest par un autre ruisseau
.”
L’acquisition en 1861 indiquait sommairement “un moulin avec bâtiments sous écluse, béal jardin et le pré verger” ce qui suggère qu’il y a eu de nombreuses améliorations. Et, en effet, si on se réfère au registre cadastral, on note des modifications en 1873, 1875, 1905 avec la mention : “augmentation, démolition, reconstruction”.

Au décès de cet administrateur, la propriété passa en 1919 à Louis-Joseph Léna, qui était un religieux en même temps que professeur de chimie au séminaire. A la veille de la guerre, la possession des biens de la congrégation fut centralisée et notre Père de Cellule céda en 1938 ce qui était à son nom, à savoir le terrain et les bâtiments du séminaire, le moulin et ses dépendances à une Société Civile Saint-Michel installée dans le Morbihan et chargée de gérer tout l’immobilier des Pères du Saint-Esprit.
Enfin, après plus d’un siècle d’occupation des mêmes propriétaires quoique sous des noms différents, la congrégation des Pères du Saint-Esprit vendit pour de bon tous ses biens de Cellule et les époux Rayon leur rachetèrent le moulin en 1970.

Le pont de Davayat

Revenons à la mission confiée à l’ingénieur Du Boulay pour déterminer les causes des crues du Chambaron.
Le 20 juillet 1784, l’expert rend son rapport sur les débordements du ruisseau à Davayat et l’inondation de la route de Riom à Combronde et des terrains riverains. Il y met en cause le sieur Caille propriétaire du moulin de Cellule et conclut que les débordements sont dûs en partie aux encombrements de branches et de sable devant le bief du moulin.

Le vide sous ce pont se retrouve presque tout encombré de sable et gravier, le lit du ruisseau n’ayant aucun vestige de rive sur une grande longueur tant en amont qu’en aval dudit pont, au point qu’il ne reste plus que 18 pouces a peu près de vide sous les arches pour l’échappée des eaux ordinaires, en sorte que pour peu que le ruisseau grossisse la majeure partie de l’eau passe par-dessus la chaussée de part et d’autre dudit pont, et a déjà fait des affouillements, surtout dans la partie d’amont du côté de Riom d’où il résulte que ledit pont sera totalement bouché par le sable et gravier qui s’y amassent successivement chaque année si on n’a soin d’y pourvoir. Prudemment, et de mémoire d’homme, l’eau avait un cours libre sous les arches dudit pont lors des crues,  ledit ruisseau se trouvant alors contenu dans des rives assès profondes pour que les gens de pied puissent passer debout sous lesdites arches; ce qui est de notoriété publique.
Ces amas de sable ou gravier n’ont été occasionnés que par le sault d’un moulin appartenant audit La Caille habitant de Riom et construit au-dessous dudit pont, dont le seuil a été exhaussé depuis quelques années pour donner à ce moulin une chute plus considérable qu’il n’avait précédemment; ce qui rend les eaux de ce ruisseau stagnantes, le local ne fournissant que peu de pente à leur écoulement.
Pourquoy nous estimons que pour remettre les eaux dudit ruisseau dans leur ancien état, il devient nécessaire de baisser au moins de sept pieds le seuil formant le sault dudit moulin, qu’a ce moyen les amas de sable ou gravier amoncelés sous le pont qui ne laissent plus aujourd’hui que 18 pouces de vide pour l’écoulement des eaux se trouveront entraînés peu à peu par le courant et fourniront au pont ledit débouché nécessaire aux eaux dudit ruisseau;
En conséquence enjoindre aux Lacaille habitant de Riom de baisser de sept pieds le seuil du sault du moulin dont il est propriétaire sous le ruisseau de Davayat avec déffense de relever par la suite sous quelque prétexte que ce soit et faute par luy d’y avoir satisfait dans le délay qui luy sera prescrit, le rendre responsable de tous les événements qui pourraient survenir audit pont et en outre authoriser le sindic de la parroisse de Davayat a y mettre des ouvriers à ses frais et dépens.


Un arrêt du 18 août de la même année donne raison à Etienne-François Dutour de Salvert, l’un des propriétaires riverains du ruisseau sur l’urgence des mesures à prendre pour pallier les causes des crues récurrentes. Dans le cas où les “curements et réparations” ne donneraient pas le résultat escompté, Dutour de Salvert réclamait ni plus ni moins que “de conclure à la démolition du moulin du nommé Caille batti sur le ruisseau de Chambaron dont il s’agit “.

Bien sûr, Victor Caille réplique et démontre qu’il n’est pas le seul responsable, mais que, au demeurant, il va entreprendre les travaux préconisés.

Suplie humblement Victor Cailhe notaire royal feudiste habitant de la ville de Riom disant qu’il est propriétaire d’un moulin situé dans le lieu paroissial de Cellules et qui existe de toutte ancienneté ainsy qu’il est prouvé par les reconnaissances de cens consenties faite au profit des religieux bénédictins de Menat soit au commandeur de la Tourrette des quinzième et seizième siècles en l’état ou il est aujourd’huy mais le lit du ruisseau qui conduit l’eau à ce moulin ayant été si reserré par les plantations d’arbres que chaque riverain supérieur de beaucoup audit moulin ont faittes que le lit du ruisseau en certains endroits n’a pas plus de trois pieds de largeur au lieu de neuf pieds qu’il devrait avoir, ce qui dans les tems d’inondation a fait changer le lit
du ruisseau et ocasioné un ensablement au pont de Davayat éloigné de mille trante-trois toises du moulin du supliant, ce qui avait engagé Mr Dutour, plusieurs propriétaires et le supliant luy même de se pourvoir au bureau des finances pour demander l’élargissement et le recrutement du ruisseau; il fut rendu une première ordonnance qui commit le Sr Maneville ingénieur de la ville de Riom a l’effet de dresser procès-verbal du lit du ruisseau et en faire le nivelement. [...]
Ce procès-verbal constate qu’il y a sur le lit du ruisseau un agage dans le lieu de Davayat apartenant aux religieux chartreux du Port Sainte-Marie baty dans le lit du ruisseau,
Ce même procès-verbal constate que pour donner toutte la liberté possible à l’écoulement des eaux, il est nécessaire de baisser l’alignement du palon du moulin de neuf pouces et celuy de l’échapoir d’un pied
.”

Pour comprendre le problème, il faut examiner une carte.

histoire-moulin


Le cours naturel du Chambaron est de couler en droite ligne dans la plaine jusqu’à la Morge à Pontmort. Or, avant le moulin, le Chambaron fait deux coudes presque à angles droits, le premier vers le nord et le second vers l’est. Ce qui constitue le bief est en fait le lit naturel du ruisseau qui a été détourné à une époque très reculée, peut-être au moyen-âge, pour faciliter l’alimentation du moulin avec un débit puissant, direct et réglable. Le bras détourné, creusé artificiellement, rejoint le lit naturel en aval. Par ailleurs, l’alimentation du moulin nécessite un débit modulable avec une vanne et une chute pour actionner la roue dans des conditions optimales. C’est ce remblai qui se retrouve encombré par les détritus du ruisseau quand il devient torrent. Mais vu le débit du ruisseau ces dernières années, on se demande comment un moulin a pu être actionné...

En 1786, un nouvel expert constate que divers travaux ont été réalisés tant chez les riverains qu’au moulin de Cellule:

Le Sieur Caille propriétaire du moulin de celule a également baissé le déversoir dudit moulin d’environ un pied, ainsi que le seuil de la vanne du coursier et que les propriétaires intermédiaires ont assujetti les agages pour l’arrosement de leurs prairies aux dispositions dudit procès-verbal; ces travaux ont procuré un débouché aux arches du pont de Davayat de deux pieds de hauteur sous la clef”.

Mais il estime que ces aménagements sont insuffisants et qu’il est plus sage de reconstruire le pont de Davayat, trop ancien. L’affaire en restera là pendant plusieurs décennies : le pont sera en partie emporté par une inondation en 1822 et détruit par une autre en 1826 qui endommage aussi sérieusement le moulin. En fait, le cours du ruisseau est assez imprévisible et on verra au cours du XIXe siècle plusieurs inondations dans le quartier du Chaufour sans que le moulin soit directement mis en cause.

Une notice historique de la paroisse de Cellule écrite par des pères du séminaire en 1870 évoque ce moulin qu’ils viennent d’acquérir depuis peu: “un moulin dont personne ne se rappelle l'origine. En 1863, on voyait encore près de la chute d'eau un magnifique ormeau, dit Sully, que le tonnerre a malheureusement abattu, et il est certain que le bief avait été fait par les religieux [de Menat] longtemps avant que l'ormeau eût été planté. Ce moulin n'a cessé de leur appartenir qu'au milieu du XVIIe siècle, et, après diverses mutations, il est enfin revenu à d'autres religieux, les Pères du Saint-Esprit et du Saint-Coeur de Marie.”

D’après sa dernière propriétaire, Madame Rayon, récemment décédée et qui était passionnée par l’histoire de son moulin, l’architecture de certains bâtiments est typique des constructions templières, ce qui ferait remonter tout au moins au XIVe siècle l’édification de certaines constructions. Mais que ne prête-t-on pas aux Templiers ? Sur les registres cadastraux, ces biens ont connu de nombreuses transformations ce qui laisse à penser qu’il reste peu de choses du moulin primitif. Au cours de la procédure suscitée par les crues du Chambaron, la démolition du moulin avait même été évoquée mais, grâce à l’obstination du propriétaire de l’époque, il n’en fut rien. Les propriétaires successifs ont également eu le souci de le préserver et de le mettre en valeur. Et les bâtiments du moulin sont toujours là ainsi que les beaux pommiers plantés par les Pères.

Tous ces édifices anciens, témoins de la vie sociale, religieuse et culturelle de Cellule, font aujourd’hui encore le charme du village et le distinguent des autres bourgs de la plaine.


Dominique Hopp (12.2011)
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