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FAITS DIVERS


Paisible commune de la Limagne, Cellule a cependant connu des événements tragiques qui ont défrayé la chronique ou des incidents plus anodins qui ont alimenté les conversations du bourg. Ainsi, en juillet 1871, il y a eu le spectaculaire déraillement du train entre Pontmort et La Moutade avec cinq morts et une douzaine de blessés ou, à l’automne 1974, l’odieux assassinat d’une vieille commerçante qui tenait une épicerie-bar sur la place du village.

Aujourd’hui ce sont plutôt les petits délits que doivent traquer les forces de l’ordre: trafics en tout genre, intrusions dans les propriétés privées, ou comme cela a été le cas cette année dans les nouveaux vestiaires du stade, dégradations avec des tags ou des vols absurdes comme le défibrillateur payé par les habitants pour leur usage ! On appelle alors les gendarmes. Or pour ces délits il y avait autrefois un représentant de l’ordre à Cellule même.

Police de proximité

Dès le XVIIe siècle résidait à Cellule un sergent royal chargé de la sécurité et de la répression des infractions. Son implantation dans le bourg souligne l’importance de la paroisse qui, outre Saulnat et Pontmort, englobait également La Moutade et Le Cheix. Dans les années 1630, il s'appelait Claude Bernardet et habitait Saulnat. C'était l'époque où la chasse aux contrebandiers du sel battait son plein, mais il contrôlait aussi la circulation des personnes, enquêtait à la suite de plaintes, faisait office d’huissier, était missionné par le juge pour des décès suspects ou surveillait le cours de la Morge et du Chambaron pour prévenir les inondations.

Un siècle plus tard, il n’est plus fait mention de sergent, sans doute parce que la proximité de Riom avait fait supprimer cette charge. Après la Révolution, la sécurité des personnes et des biens peut à nouveau être assurée dans les petites communes, mais aussi cela sera à la charge de la commune.

A partir de 1791, les communes purent se doter de gardes-champêtres. éventuellement armés, mais sous le contrôle des autorités départementales; il n’y avait pas encore d’uniforme réglementaire ou de képi, mais un insigne bien visible devait les identifier : "Ils auront sur le bras une plaque de métal ou d'étoffe où seront inscrits ces mots : La Loi, le nom de la municipalité, celui du garde." Quatre ans plus tard, cette possibilité devint obligation : un nouveau décret imposa, en effet, un garde-champêtre à chaque commune.

En septembre 1795 un travailleur itinérant mourut au Cheix chez des habitants charitables qui l’avait accueilli. Saturnin Taragnat, officier public et maire par intérim depuis la mort du premier maire Michel Montel, enregistra le décès sans gendarme ni garde champêtre, la loi n’étant pas encore promulguée:

Jean et François Martin m’ont déclaré que Jacques Lacheize, originaire de Huguet canton d’arrondissement du district d’Issoire, âgé de quarante ans, est décédé dans leur domicile à dix heures du soir; ledit Jacques Lacheize avait montré son passeport audits Martin frères et leur avait dit son nom et domicile de droit en entrant dans leur maison ou il a resté quelques jours malade. D’après cette déclaration, je me suis sur le champ transporté au lieu du domicile desdits frères; d’après les renseignements que j’ai pris du propos dudit Jacques Lacheize avec son passeport, il était âgé d’environ quarante ans, avait du mal à la bouche, les yeux gris, il m’a paru d’une taille cinq pieds deux pouces, il avait déclaré auxdits Martin qu’il était ramoneur de son état.“

En octobre 1801 un habitant de la Moutade fut trouvé mort dans un champ de Pontmort, et un juge fut délégué pour constater le fait, mais il n’y avait toujours pas de garde pour assister le maire : “Du vingt fructidor an dix de la République Française, acte de décès d’un homme inconnu que la voie publique indique pour être Saturnin Bertet de la Moutade suivant le procès-verbal dressé le vingt fructidor an dix par le premier suppléant de la justice de paix de l’arrondissement de l’est de Riom; constaté par moi Jean Demay maire de Cellule faisant les fonctions d’officier public de l’état- civil.”

En mars 1804 on trouva un cadavre à La Moutade et apparemment sans enquête de police, le maire fit enterrer l’inconnu au cimetière : “Du dix-sept ventôse an douze de la République Française, acte de décès d’un homme inconnu qui a paru avoir cinquante ans taille de quatre pieds neuf pouces teint plombé et olivâtre décédé ce aujourd’hui en ce lieu de Cellule sur la déclaration à nous faite par Amable Noël et Marien Marcheix tous deux domiciliés de cette commune et d’âge parfait lesquels n’ont su signer; constaté par moi Jean Demay maire de Cellule faisant les fonctions d’officier public de l’état civil.

Les comptes-rendus des réunions du conseil municipal ont été conservés depuis 1813 et, dès le premier procès-verbal, il est question des deux gardes-champêtres dont les élus doivent fixer le traitement. Le nouveau maire Paul-Amable Ferrand de Fontorte a recruté deux anciens militaires : Jean Debas, et François Gaty, vétéran estropié, mais le fait d’habiter sur place et d’être obligé de dresser des procès-verbaux à des voisins n’est pas facile.  Quand Jean Debas prit sa retraite, il fut remplacé par François Gallieu qui fit désormais équipe avec François Gaty, lequel continuait à boire volontiers un canon chez l’un ou l’autre. Le rendement des amendes baissait et, au début des années 1830, plus aucun procès-verbal n’était dressé.

Police exemplaire

Les infractions auraient-elles diminué? Ou bien les gardes se seraient-ils laissés soudoyer par les contrevenants? Adepte d’une politique du chiffre, le nouveau maire, Antoine Duchamp, les rappelle tous deux à l’ordre. En 1839, pour que leur tâche soit claire, Antoine Duchamp, maire mais aussi juriste et avocat, rédigea le premier règlement de police communale. Désormais, les gardes pourraient s'appuyer sur un document définissant leurs missions. S’amendant, Gallieu restera à son poste jusqu’à sa mort, mais Gaty fut révoqué en 1841 après une trentaine d’années de service.

Les gardes suivants n’auront pas la même longévité : J.-B. Meunier, le successeur de Gaty, démissionna après une dizaine d’années. Les feux imprudents, quelques maraudages et surtout les divagations d'animaux constituaient l’essentiel de leurs interventions, comme en témoigne ce procès-verbal:

"L'an 1842, le 2 septembre à cinq heures du soir, nous, François Gallieu, garde-champêtre de la commune de Cellule résidant à Cellule, assermenté en justice, certifions qu'étant décoré des marques de nos fonctions et faisant notre tournée ordinaire pour la conservation des propriétés confiées à notre garde, en passant dans le chemin de Saulnat conduisant à la grande route de Paris, nous avons trouvé un troupeau de moutons que nous avons reconnu appartenir aux sieurs Jean et autre Jean Morant, fermiers demeurant à Villeneuve (Pessat), lequel troupeau de cent-vingt moutons, quoiqu'étranger à la commune de Cellule, paissait dans lesdites appartenances le long des vignes où étaient les deux chiens qui accompagnaient le troupeau; nous étant approché du berger, nous lui avons demandé pourquoi il n'avait point suspendu des bâtons au cou de ses chiens selon la coutume pour les empêcher de courir les vignes et pourquoi, sans permission, il avait conduit ses moutons sur le territoire de la commune. Le berger ne nous ayant donné aucune réponse satisfaisante, nous l'avons sommé de se retirer sur le champ et nous avons lui déclaré procès-verbal que nous allions dresser contre son maître comme étant civilement responsable de ses faits..."

Les troupeaux de moutons étaient nombreux à cette époque-là, même dans la plaine, et les dégradations de ce type se multipliaient si bien que, l'année suivante, à l'automne, ce problème fut à nouveau évoqué au conseil municipal; suite aux nombreuses plaintes de ce que l'on gardait les moutons dans les prés après la Saint-Martin (le 11 novembre), les élus proposèrent d’interdire aux bergers de conduire les moutons dans les prés quelle que fût leur nature. Le problème restera récurrent puisque, en décembre 1910 encore, on trouve un procès-verbal visant une habitante de Cellule qui faisait paître une quinzaine de moutons dans un champ qui ne lui appartenait pas.

Trafic

Mais le garde-champêtre a d'autres missions comme l'interpellation des étrangers douteux, par exemple ce procès-verbal du 27 décembre 1876 : " Nous trouvant au bourg de Cellule, place devant la Mairie, avons aperçu un individu qui criait : "almanachs nouveaux et allumettes chimiques". Ayant déjà eu sur ce crieur quelques soupçons à lui peu favorables, nous nous sommes approchés au moment où la dame Taragnat Marien, née Espinasse, lui marchandait une boîte d'allumettes et avons reconnu que ces allumettes n'étaient pas celles de la compagnie générale seule autorisée par les lois; nous avons sommé ce marchand de nous décliner ses nom et prénom, nous avons ensuite constaté qu'il était porteur d'environ cent boîtes de ces allumettes de provenance frauduleuse et lui avons déclaré qu'il était en contravention à la loi."

Depuis 1872, il existait un monopole des allumettes qui avait entraîné la fermeture des ateliers qui les produisaient jusqu'alors et qui avaient continué à en fabriquer illégalement. La répression de cette contrebande rejoignait d'ailleurs la préoccupation des citoyens soucieux de garantir leurs biens des voleurs mais aussi du feu; c'est pourquoi, dès que quelque chose de suspect se produisait, on allait le signaler en mairie: c'est ce que fit, en 1878, Amable Barrier, habitant du Chaufour, pour dire qu'il avait “trouvé dans une ruelle située derrière sa grange un paquet d'allumettes de contrebande divisé en plusieurs fragments dont un ou deux avaient déjà brûlé."

Le garde-champêtre dressait également procès-verbal en cas de vol chez les particuliers comme celui dont avait été victime Pierre Dumaine à qui son domestique avait subtilisé en 1887 : "une montre, une tortisse, un butoir, un racloir, un lampion de lanterne, une pelote de fil noir, un verre, un tire-pointe, de la ficelle, deux pipes, un boîtier de montre, 37 aiguilles, des cigarettes, du papier à lettre et des enveloppes et un livre intitulé "Le Soldat dans ses foyers."  Ces délits sont cependant rares à Cellule et constituent de petits larcins répertoriés au fil des années : vol de raisin, d'une vache, de poulets, d'une bêche, de fagots, de deux chemises et même d'un vélo (en 1911). D'autres procès-verbaux signalent des noyers ou des peupliers abattus, un plant de pommier arraché, des ceps de vigne saccagés, des cordes à linge coupées, des insultes proférées, des menaces avec arme à feu ou encore des litiges de terrain.

Du statut de garde

Permanente et souvent ingrate, la présence des gardes sur le terrain méritait une juste rétribution que les élus ne furent pas toujours prêts à accorder. En 1881, il n’y  avait plus qu’un seul garde-champêtre; il est vrai que le territoire de la commune avait diminué depuis la sécession de La Moutade et du Cheix. Le vote du traitement du garde donna lieu à d’âpres discussions et plusieurs réunions du conseil furent nécessaires pour obtenir un accord. A la deuxième réunion, des conseillers mécontents quittèrent la salle; à la troisième, il fallut deux tours pour voter 100F; aussitôt le garde démissionna; une nouvelle réunion finit par un accord sur 300F.

Les attributions du garde-champêtre évoluèrent au fil des années et le service communal va progressivement constituer l'essentiel de son activité et la répression des délits sera, comme aujourd’hui, l’affaire de la gendarmerie. En 1938 sont énumérées précisément les tâches qui seront désormais les siennes avant qu’il disparaisse définitivement du paysage de Cellule :

- Balayage de la mairie et du cabinet du maire tous les dimanches matins et les lundis matins.

- Allumage du poêle tous les dimanches à 8 heures en saison hivernale et temps humide, ainsi que tous les jours de réunion.

- Faire les commissions du maire pour le service municipal, vicinal et administratif.

- Etre présent au travail tous les jours de prestations communales et aux prestations de bonne volonté.

- Accompagner le Percepteur, le Contrôleur et le Vérificateur des Poids et Mesures dans leurs tournées (s'il est nécessaire, aller à Pontmort chercher les poids nécessaires au vérificateur).

- Il sera également chargé de l'expédition et de la rentrée des matrices cadastrales de Cellule à Riom.

- Les jours d'élection, il devra être présent toute la journée au bureau de vote ainsi qu'à l'ouverture de toutes les séances du conseil municipal.

- Affichage de toutes les pièces administratives dans les trois hameaux.

- Tournée à Cellule, Pontmort et Saulnat une fois par semaine.

- Faire signer son passage sur un carnet à un habitant de la commune.

- Tournées supplémentaires à la saison des fruits.

- Tout le service sera fait par le garde en personne pour le service de la mairie.

- Tout procès-verbal dressé doit être reconnu légal et sans animosité, sans parler même de vengeance."

La dernière clause est éloquente…


Dominique Hopp (12.2012)