Petite Histoire

Au cours de l’année 2000 a été inauguré un local où la jeunesse de Cellule peut se réunir pour des veillées à l’ancienne. Ce nouveau lieu de rencontre est situé à l’entrée de Saulnat dans un bâtiment qui abritait l’ancien four.

L’administré moderne attend qu’on lui fournisse des lieux pour ses loisirs : aires de sport, salle des fêtes, clubs de tous âges... Autrefois, quand l’essentiel manquait, les élus devaient concentrer leurs efforts sur les réparations de l’église ou du presbytère, sur la création d’une école, d’un local pour la mairie ou d’un bureau de poste ; tout le reste était du luxe. Avec l’essor économique d’après-guerre, les mentalités changent et le loisir prend une place nouvelle. Dès 1954, le conseil municipal de Cellule songe à doter la commune d’un terrain de sport. Dans les vingt dernières années du siècle se succèdent d’autres réalisations : une salle des fêtes portant le nom de son promoteur Paul Gaillard, puis un terrain de tennis avec un nouveau terrain de football.

Au moyen-âge, dans les villages, existait un four dit "banal" appartenant au seigneur. Chaque foyer pouvait venir y faire cuire son pain contre le paiement d’une taxe. En 1809, sur la première matrice cadastrale, ce four est mentionné comme appartenant aux "habitants de Cellule" mais il n’existe aucun document permettant d’établir dans quelles conditions le four de Saulnat est devenu le bien des habitants du village : le "Seigneur de Blot et Saunat" a-t-il vendu cette source de revenus de plein gré ou l’a-t-il cédée sous la pression populaire ? Mais l’ancienne dénomination "four banal" est toujours employée, encore à la fin du XIXe siècle, dans les procès-verbaux du conseil municipal pour désigner ce four de Saulnat .

A Cellule donc, les habitants de Saulnat avaient leur four, tout comme ceux du Chaufour.

Ce dernier a été démoli et rasé en 1836 car l’état du local ne permettait d’envisager aucune restauration ; celui de Saulnat était en meilleur état et régulièrement utilisé par les habitants du hameau. Avec les années cependant, le bâtiment commence à se dégrader dans l’indifférence générale. Le 14 février 1875, le maire, Gabriel Mignot, soulève la question : "... le four banal de Saunat est depuis longtemps hors d’usage par suite de vétusté ; la cheminée surtout et la toiture menacent de s’écrouler et sont un danger pour la sécurité publique." La vente de l’immeuble est décidée par le conseil municipal et, avec l’argent, on peut envisager la construction d’un autre four communal tout neuf ailleurs... Deux mois plus tard, un commissaire enquêteur se rend sur place afin de consulter la population mais peu d’habitants se déplacent pour donner leur avis, sauf quelques voix qui s’élèvent contre le projet... à moins que ce ne soit contre les élus. Pour couper court et faire avancer le dossier, le Conseil décide que les abstentionnistes seront comptés au nombre des partisans de la vente et les opposants sont vertement critiqués : "Les prétextes donnés par les opposants au procès-verbal d’enquête ne sont nullement fondés ; il faudrait dire même que plusieurs des opposants n’ont pas avoué les motifs vrais de leur opposition".

L’affaire du four prend un tour politique : Gabriel Mignot, qui réside à Saulnat, arrive à la fin de son mandat et veut hâter la conclusion d’une opération qui concerne spécifiquement le hameau. Le Conseil partage le point de vue du maire : "Le four est mal placé : il occupe environ le quart de la largeur d’une rue ; les réparations qui y seraient faites devraient nécessairement entraîner le rétrécissement du terrain sur lequel il repose ; il s’ensuivrait l’impossibilité d’établir un puits, et la place pour déposer le bois du boulanger ne pouvant être prise que sur la voie publique sise au nord du four, gênerait encore la circulation. De plus les réparations à faire au vieux four seraient très considérables et, la commune n’ayant pour faire ce travail auncun fonds disponible, les habitants de Saunat laissés à leur initiative seraient forcés de se cotiser pour subvenir aux dépenses ; or il est certain que cette seule perspective est capable d’obliger tout le monde de laisser encore pour longtemps toutes choses en l’état actuel ; il est même probable que les opposants ne seraient pas les derniers à se récrier lorsqu’ils leur faudrait débourser des fonds. L’aliénation de l’immeuble présente de grands avantages. D’abord une partie des terrains est abandonnée à la voie publique ; la place destinée à une nouvelle construction est sise au midi de Saunat en dehors du village ; elle est spacieuse, inculte, inoccupée et ne peut servir à aucun autre usage. De plus le sieur Enreille Pierre désire vivement devenir propriétaire de l’emplacement du vieux four car si le Conseil avait consenti la vente à l’amiable, il offrirait 600 francs de l’immeuble."

Il est vrai que cet ancien four, situé à la hauteur de l’actuel n°3 de la rue du Lavoir, empiétait sur la voie alors que le nouvel emplacement projeté qui est celui que nous connaissons maintenant ne gênait personne. En juillet 1875, une commission est nommée pour s’occuper de la vente de la ruine et du terrain. Les choses ne traînent pas : plans etdevis sont proposés en novembre de la même année par un architecte alsacien, M. Charles Boeglin. Où donc la municipalité, qui se dit dans le besoin, a-t-elle trouvé l’argent nécessaire pour payer cet homme de l’art ? En fait ce spécialiste a travaillé bénévolement pour la commune car c’était un frère du séminaire de Cellule. Or son devis dépasse (de 78% !) les fonds disponibles et on demande à l’architecte de revoir son projet auquel il s’était consacré gratuitement. Cette exigence n’a certainement pas dû l’enchanter, car le procès-verbal signale que "ce cher frère n’a pas cru possible d’avoir un système de four moins coûteux." Que faire ?

Le 20 juin 1876, le nouveau maire, Louis-François-Guillaume Huguet, décide de convoquer le conseil municipal en session extraordinaire pour trancher. "Le Conseil, à la majorité, rejette purement et simplement le supplément de dépenses et décide de n’accorder au village de Saunat que l’allocation de la somme de 606 F provenant de la vente de l’ancien four, tout en laissant la liberté aux habitants de Saunat pour se cotiser s’ils le jugent à propos afin de parfaire la somme nécessaire à la construction projetée." On décide tout de même de dédommager le frère Ignace (Ch. Boeglin) en votant une somme de 10 francs pour frais d’expert. A l’automne 1876, Gabriel Mignot, qui est encore conseiller municipal, est chargé de boucler ce dossier : il est nommé régisseur des travaux et s’occupera des quêtes et offrandes volontaires.

A la fin du printemps 1877, les travaux du nouveau four - celui qui vient aujourd’hui d’être transformé en salle de réunion - sont achevés. Il est maintenant en état de fonctionner à la satisfaction des habitants de Saulnat. Une page est tournée : plus de four "banal" mais un four "communal ".

Le four était chauffé une fois par semaine à l’usage du public. Au bout de quelques années, le fournier chargé du chauffage hebdomadaire refuse de continuer : il n’a pas de contrat régulier pour un travail qui nécessite une grande assiduité, plusieurs heures de travail et beaucoup de bois. La démission du sieur Bourgougnon prendra effet au 31 décembre 1885. Dans l’urgence, le 1er janvier 1886, le conseil municipal est réuni en session extraordinaire pour approuver un nouveau "bail de loyer avec le sieur Régnat Victor, boulanger". Les habitudes ont changé : désormais le four tout neuf est loué à un professionnel qui l’exploite. Mais même cette nouvelle formule finit par tomber en désuétude avant de renaître aujourd’hui pour une autre destination.

Bien avant nos espaces modernes de rencontre et de convivialité, nos aïeux savaient aussi "communiquer" : les gens se retrouvaient au four, au lavoir, à l’église ou au cabaret ; pendant les longues soirées (sans électricité ni télévision !), on se réunissait chez des particuliers. Dès 1837, les maires eurent le souci de la sécurité redoutant ces "betteraves-parties" sauvages comme en témoigne cet arrêté municipal :

Considérant que dans tous les villages de la commune les femmes et les filles des cultivateurs sont dans l’usage de se réunir, soit pendant le jour, soit pendant la nuit, dans des lieux qu’on nomme veillées, pour être plus pour leur agrément que dans un but d’utilité réelle ; Considérant que le local est toujours garni de paille abondante et qu’en outre on y porte des brasiers ou chauffe-pieds qui, quoique remplis de charbons allumés, sont déposés sur la paille...
Arrêté :

Il est défendu de garder, déposer et conserver dans les lieux de réunion connus sous le nom de veillées, des pailles, fourrages, cosses et autres matières de même nature.

Dominique Hopp (01.2001)