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Petite Histoire

Le mandat de maire d’une commune avec les responsabilités que nous lui connaissons aujourd’hui a été institué par la Révolution de 1789. Ce fut une transformation radicale et le terme "révolution" n’est pas vain car la France passe d’un Etat monarchique (où les pouvoirs appartiennent au roi, les privilèges à quelques-uns, les servitudes au plus grand nombre) à un Etat démocratique, dont le maire est l’illustration. Le tableau des maires successifs de la commune qui se trouve dans le secrétariat de la mairie cite quatre personnalités comme maires de Cellule pendant les premières années de la République :
- Jean TARAGNAT
- Michel MONTEL
- Marien BELIN
- Jean DEMAY

Or, si tous ont signé des actes officiels dans les archives conservées à Cellule, deux seulement ont été maires. En les découvrant, nous dévoilons aussi tout un pan de l’histoire nationale.

Sous l’ancien régime, le découpage administratif comportait les notions de généralités, élections, municipalités ou paroisses. La constitution de 1791 les remplace par celles de départements (83 dans un premier temps, puis jusqu’à 98 en 1800), de districts (par exemple celui de Riom), de cantons et de communes, tout cet édifice nouveau étant régi par un idéal démocratique puisque les membres des diverses assemblées doivent être élus. Au cours des premières années, on verra se multiplier de nombreuses élections : on ira aux urnes pour choisir, bien sûr, les députés, divers administrateurs de district, les conseillers municipaux, mais aussi les curés et les évêques.

LA CONSTITUANTE

Dès décembre 1789, l’Assemblée Nationale dite Constituante (appelée ainsi parce que son objectif était de donner une constitution à la France) va promulguer une loi sur l’organisation municipale nouvelle qui sera reprise dans la constitution deux ans plus tard : cette hâte est nécessaire puisque de ce noyau primitif de la commune dépendra la solidité de tout l’édifice politique qui va être créé. Selon cette loi, les citoyens actifs éliront tous les deux ans au suffrage universel un corps municipal avec, à sa tête, un maire choisi parmi ces conseillers municipaux ; ce principe est toujours valide deux cents ans après. Par citoyen actif, il faut entendre : citoyen domicilié dans la commune, âgé de plus de 25 ans, redevable d’un impôt égal à trois journées de travail et qui n’est ni domestique ni banqueroutier. Telles sont les conditions pour apparaître sur les listes électorales.

Pour Cellule, ce "Conseil Général de la Commune" (tel est son nom) est constitué par deux officiers municipaux et un maire. En août 1790, le nouveau département du Puy-de-Dôme est divisé en huit districts, dont celui de Riom ; le district de Riom est lui-même subdivisé en onze cantons, parmi lesquels celui d’Artonne dont relève Cellule. Malgré le travail colossal de l’Assemblée Nationale qui veut construire un paysage politique nouveau, les députés ont aussi le souci de fignoler leurs innovations ; ainsi ils précisent, dans une autre loi, que les officiers municipaux auront une écharpe tricolore avec frange blanche, alors que les maires en arboreront une semblable avec frange d’or ! Mais toutes ces dispositions mirent du temps à parvenir jusque dans les campagnes et surtout à être appliquées. Les habitudes ancestrales ne se modifient pas aisément... En 1791, seuls les formulaires destinés à l’état-civil, dont s’occupent encore les curés, sont légèrement transformés ; c’est le seul indice du changement à Cellule.

Le vieux curé Perruffel, en charge de la paroisse depuis près de vingt ans, continue de noter les naissances, les mariages et les décès. Une question pourtant le tracasse : doit-il prêter serment à la République et devenir une sorte de fonctionnaire avec un salaire très honnête, ou bien choisir le camp des réfractaires comme le pressent son supérieur, l’évêque de Clermont, et le pape lui-même qui a condamné ce serment obligatoire depuis novembre 1790 ? D’ailleurs la situation politique est tout aussi confuse : voilà près de deux ans que les députés siègent et le roi semble hésitant pour les uns, faible ou perfide pour d’autres ; l’annonce de sa fuite puis de son arrestation à Varennes en juin le laisse perplexe, lui le vieux prêtre qui a surtout des préoccupations religieuses au soir de sa vie. Mais Monseigneur Bonnal, qui avait pris parti contre le serment, vient d’être remplacé par un évêque constitutionnel, Monseigneur Périer.

LA LEGISLATIVE

En octobre de cette même année 1791, une autre assemblée, dite Législative, prend le relais de la Constituante dont le travail est achevé. Déjà un certain nombre de lois sont votées pour préciser le fonctionnement des communes : ces mesures concernent les pouvoirs de police du maire (délivrance des passeports pour la circulation intérieure, arrestations, perquisitions pour trouver des armes), la libre circulation des grains d’un village, d’un canton à l’autre ou encore l’obligation de rendre publiques les délibérations municipales.

Pourtant tout se passe comme si, à Cellule, rien n’était changé, du moins d’après les archives communales. D’autres villages n’ont d’ailleurs pas non plus procédé aux élections prescrites en novembre 1790 et 1791 et les habitants continuent de se réunir en assemblées de paroisse comme autrefois, surtout lorsque les relations entre le curé et la population sont sereines, et le vieux curé Perruffel poursuit consciencieusement son sacerdoce, alors qu’à Paris des troubles font des centaines de morts et que les armées étrangères occupent le territoire national pour intimider les députés de l’Assemblée Nationale et rendre au roi son crédit.

LA CONVENTION

Avec les dangers extérieurs et intérieurs, un nouveau régime s’installe et la révolution se radicalise en septembre 1792 ; le roi est déchu et la république proclamée. Les nouveaux hommes forts du pouvoir suspendent la constitution déjà caduque, mais décident de maintenir provisoirement certaines lois, en particulier celles qui règlent l’organisation municipale. Pour susciter de nouveaux partisans et vivifier la Révolution est décrété le renouvellement des corps municipaux. C’est l’occasion de tenir des élections dans les villages où jusqu’à ce jour rien n’a encore été fait. Le député Gilbert Romme s’active pour que, dans son département, la loi soit appliquée. Il n’est plus question de tergiverser : dans les dernières semaines de 1792, des élections seront organisées dans tous les villages.

A Cellule, la commission des scrutateurs est présidée par le citoyen Belin de la section de La Moutade (qui dépend à cette époque encore de Cellule) ; Michel Montel est élu premier maire ; Jean Taragnat et Saturnin Taraniat deviennent officiers municipaux : tous trois sont de Saulnat. Quant au nouveau curé, l’abbé Marmontel qui remplace le curé Perruffel décédé à l’automne, il est fidèle à la République et à ses lois. Il a prêté serment au risque de passer pour un renégat aux yeux des siens, soit par conviction révolutionnaire et souci de ses intérêts, soit par peur des lourdes peines qui frappent les prêtres réfractaires (ils sont privés de traitement, chassés, emprisonnés voire déportés), soit les deux à la fois, prônant la cohabitation et l’apaisement. Il transmet ses registres à Michel Montel après y avoir consigné son dernier acte le 31 décembre 1792.

Signe de changement pour cette nouvelle année 1793 : on a fait parvenir aux seuls maires, cette fois-ci et pour la première fois, les formulaires d’état-civil et non plus aux curés. L’en-tête indique : "registre donné par l’administrateur du Directoire du District de Riom" et Michel Montel y mentionne le premier décès de l’année, le 2 janvier 1794. Seulement ce n’est pas à lui de tenir le registre : la tenue de l’état-civil a été reconnue comme priorité politique. Le responsable du registre devra être choisi pour sa compétence : savoir lire et écrire, être appliqué et consciencieux, c’est pourquoi une loi précise qu’il sera, lui aussi, élu au suffrage universel. Cette époque démocratique verra donc une nouvelle élection le dimanche 6 janvier 1793 après la messe ; Jean Taragnat, qui siège déjà au Conseil Général de la commune, 41 ans, est choisi pour dresser les actes. Mais cette époque est aussi radicale et, deux semaines plus tard, le roi sera guillotiné. Le mandat de Jean Taragnat prend fin le 16 novembre 1794 et l’officier public qui lui succède aux écritures est son cousin Saturnin Taraniat et ce pour un an. Les élections se suivent, très rapprochées... Michel Montel a été entre-temps reconduit dans ses fonctions de maire en septembre 1794, et les citoyens Belin et Romanson sont officiers municipaux avec l’écharpe tricolore à frange blanche.

Mais, au cours de l’été 1795, le 20 juillet, Michel Montel meurt brutalement et les candidats ne sont pas nombreux pour le remplacer dans cette période troublée. Tous ont à l’esprit les exécutions des mois qui viennent de s’écouler. Un mois avant, Romme et Soubrany, le maire de Riom, ne se sont-ils pas suicidés pour ne pas avoir la tête tranchée ? Il est vrai qu’ils en avaient fait tomber de nombreuses... Les Français expriment leur lassitude des excès de cette période appelée justement La Terreur, puis de l’épuration qui a suivi.

La position de maire n’est pas enviable : le moindre faux pas et c’est le mécontentement des administrés ou la méfiance des autorités du district promptes à repérer un éventuel contre-révolutionnaire.

On s’en était rendu compte lors de l’affaire des cloches de l’église de Cellule. La République avait besoin de cuivre pour les canons afin de défendre la France menacée et il avait été décidé de fondre les cloches de tous les villages. Certes, l’opération ne pouvait être réalisée qu’avec l’accord du Conseil Général de la commune, mais la réquisition était hautement impopulaire. Ne pas manifester son patriotisme exposait le maire à la suspicion des autorités ; fournir les cloches mécontentait les habitants du village. Finalement on avait descendu les cloches en n’en laissant qu’une petite. Par les temps qui couraient, il valait mieux vivre anonyme, d’autant plus que les maires, fixant les impôts de leurs concitoyens, en était personnellement tenus pour responsables. Avant qu’un nouveau maire ne soit élu, la Convention publie une nouvelle constitution, un mois plus tard, le 22 août 1795, qui ne sera pas sans effet sur l’administration communale de Cellule...

On procède à de nouveaux découpages (il y a maintenant 89 départements) et on veut limiter l’exercice de la démocratie qui prenait des allures parfois anarchiques avec la multiplication des consultations populaires : l’existence de 44 000 petites républiques (chaque commune française s’administre elle-même) se fait au détriment d’une certaine cohérence. Les communes sont donc regroupées et celles dont la population est inférieure à 5 000 habitants devront se contenter d’un agent municipal et d’un adjoint. L’époque des pionniers, jugés trop remuants peut-être, est révolue.

Comme Cellule dépend administrativement d’Artonne, c’est là que siégera le maire, et Cellule aura juste un délégué. Marien Belin sera cet agent municipal et assurera l’intérim du maire pendant quatre années jusqu’en avril 1799. C’est un homme d’expérience et d’âge mûr (il a 52 ans) qui est déjà familier des élections (il a été président de la première commission de scrutateurs) et connaît les problèmes de la gestion municipale puisqu’il a été membre du Conseil Général de la commune dans le précédent mandat de Michel Montel. Peut-être est-il, en plus, patriote car il a un gendre qui sert dans l’armée d’Italie sous les ordres de Bonaparte. Lui succède à ce poste Jean Demay avec les mêmes fonctions d’agent municipal pendant un peu plus d’un an (du 19 avril 1799 au 10 juin 1800) avant de devenir maire lorsque Cellule recouvrera sa mairie.

Dominique Hopp (01.1988)

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