Vous êtes ici : Accueil La ville Petite Histoire Vue sur la ville Petite histoire de Cellule Les pionniers de la révolution - Michel Montel

Petite Histoire

Dans un précédent article du bulletin municipal a été présentée la commune sous la Révolution ; la célébration du bicentenaire nous donne l’occasion d’esquisser le portrait des pionniers que sont Michel Montel, Saturnin Taraniat et Jean Taragnat.

Dès les premiers mois de sa session en 1789, l’Assemblée Constituante se préoccupe de la réorganisation du royaume en proposant un nouveau découpage plus équilibré des régions pour remplacer les anciennes subdivisions : c’est la création des départements. Si cela fait l’objet d’arbitrages subtils et délicats pour le choix du chef-lieu (on hésite entre Riom et Clermont-Ferrand), pour son nom (le département du Puy-de-Dôme ne devait-il pas d’abord s’appeler Mont d’Or ?) ou pour ses limites, les nouvelles communes, quant à elles, se superposent facilement aux anciennes paroisses.

La France d’aujourd’hui vit les élections municipales comme un épisode attendu et normal de la vie locale. Ce qui semble naturel de nos jours l’était moins à la fin du XVIIIe siècle.

MICHEL MONTEL (1743-1795)

Les premières décisions de l’Assemblée Constituante ne sont pas immédiatement suivies d’effet. L’organisation des élections prévues tarde dans les campagnes, tant par manque d’habitude que par absence de candidats. A Cellule, il faut attendre trois ans et les dernières semaines de 1792 pour voir les habitants élire les trois membres du "Conseil Général de la Commune", ce qui correspond à notre conseil municipal. Présenter sa candidature nécessitait une certaine dose de courage : les uns le font par ambition, d’autres par idéal démocratique et révolutionnaire, d’autres encore par dévouement puisque, de toute façon, les élections doivent être faites. Dans tous les cas, la décision était capitale parce que l’époque était pleine d’événements graves : que de bouleversements en quelques années ! Victor Hugo les résume en quatre temps de la façon suivante :

"89, la chute de la Bastille : la fin du supplice des peuples ;

90 : le 4 août : la fin de la féodalité ;

91 : Varennes : la fin de la royauté ;

92 : l’avénement de la République."

Or la nouvelle année 1793 voyait la guerre partout : aux frontières, la France était attaquée ; dans les provinces, la Bretagne et la Vendée, entre autres, se soulevaient contre Paris...

Michel Montel est une forte personnalité et, somme toute, un original car il se retrouve, à ce moment-là, élu maire de Cellule alors qu’il n’en est pas originaire. A une époque où l’esprit de clocher est plus fort qu’aujourd’hui, c’est une particularité qu’il faut signaler. Cependant il n’est pas complètement un étranger et, de plus, les deux autres élus sont de souche celluloise très ancienne : les Taraniat ou Taragnat, auxquels il est, nous allons le voir, étroitement lié.

Il est établi à Saulnat depuis une trentaine d’années, plus exactement depuis son mariage, en février 1763, avec une fille du pays : Anne Taraniat. De santé peu robuste, il ne s’entendait guère avec son père qui lui reprochait de ne pas l’aider assez ; mais qu’y pouvait-il ? Le jour même de sa naissance (le 3 septembre 1743), il avait été ondoyé, c’est-à-dire que le curé d’Yssac-la-Tourette lui avait administré le sacrement des enfants nouveaux-nés en danger de mort et, pendant toute son enfance, il avait été plutôt fragile. Tel était le destin, qui frappait avec plus de rigueur encore les pauvres ; d’ailleurs, un de ses oncles, qui devait être son parrain, était mort à l’âge de vingt ans peu avant sa naissance...

Cette histoire qu’on lui avait racontée l’avait marqué. Le spectacle des injustices l’avait révolté et il était parti sans regret d’Yssac à dix-neuf ans pour épouser la jolie Anne qui en avait quatorze. Au demeurant, il n’en voulait pas à son père car le vieux Joseph Montel faisait ce qu’il pouvait, mais que pouvait espérer un laboureur, sinon survivre ? Ses frères cadets resteraient peut-être pour l’aider ; quant à lui, il voulait respirer le parfum de l’aventure et de la liberté, même en ne faisant que quelques lieues. Enfin sa belle-mère l’accueillait volontiers car elle était veuve et un nouvel homme dans la maison n’était pas à négliger.

Le jeune couple Montel s’installe donc à Saulnat et va avoir plusieurs fils dans les années qui suivent. la vie est pauvre mais moins pénible qu’à la Tourette à tel point qu’un des frères de Michel Montel, François, vient à son tour se marier avec la soeur de sa femme, qui s’appelle aussi Anne. Les années passent, les enfants grandissent et le mécontentement croît.

Quand, en 1788, le roi Louis XVI convoque les Etats-Généraux pour le premier mai de l’année suivante, chaque paroisse doit exposer ses revendications par écrit. Celles-ci seront ensuite résumées et centralisées dans chaque province avant d’être soumises aux Etats-Généraux, assemblée nationale élue qui n’a plus été réunie depuis plus de cent cinquante ans. Cette initiative est accueillie avec une certaine effervescence : chacun a des plaintes à exprimer : impôts trop lourds pour les humbles, privilèges insupportables des nobles (droit de chasse, droit d’avoir un colombier, taxes diverses, etc.). Certains, après la messe du dimanche, évoquent la nécessité de créer une espèce de caisse mutuelle qui viendra au secours des plus démunis, surtout après les hivers rigoureux qu’on vient de connaître et les étés ou trop pluvieux ou trop secs qui diminuent les récoltes déjà si maigres. Le soir à Saulnat, dans les veillées, on en discute et on écoute Michel Montel qui raconte son enfance difficile. Plus tard, on commente les événements politiques qui agitent la capitale, on frémit aux rumeurs qui annoncent l’arrivée de bandes de brigands et on se réjouit de l’abolition des droits féodaux en août 1790 : on y est d’autant plus sensible que juste à côté de leurs chaumières se dresse fièrement le château.

A l’automne 1792, Michel Montel convainc ses cousins Saturnin Taraniat, qui a 52 ans, et Jean Taragnat, qui en a 41, de se présenter avec lui aux élections qui vont être organisées. Les archives de la commune ne nous livrent pas les modalités du scrutin, mais on peut estimer la population de Cellule à 1800 habitants regroupés autour de 350 feux. Il faut cependant se rappeler que La Moutade et Le Cheix sont rattachés au bourg actuel et que seuls les hommes de plus de 25 ans peuvent être électeurs ; ce qui limite le nombre d’électeurs possibles à environ 350. De plus, tous ne peuvent pas voter car deux autres conditions doivent être remplies : ne pas être domestique (c’est-à-dire ne pas avoir de liens de dépendance, ce qui limiterait le libre exercice du droit de vote) et payer un impôt direct équivalant à trois journées de travail. On peut donc raisonnablement imaginer qu’il n’y a pas eu plus de cent à cent cinquante électeurs pour ces premières consultations, dont il faut enfin retrancher ceux qui, par ignorance, méfiance ou peur, se sont abstenus.

Au terme du dépouillement, Montel, Taraniat et Taragnat sont élus pour constituer le "Conseil Général de la Commune", lequel conseil désigne Michel Montel, 49 ans, comme premier maire. Tout de suite, il aura à faire face à de nombreuses difficultés : celles de la gestion courante (qu’il faut inventer puisqu’elle est nouvelle), mais aussi celle des temps de guerre, des réquisitions, des conscriptions. Il arrive habilement à naviguer au milieu de la tourmente à la satisfaction de ses concitoyens et, lors des élections suivantes, qui ont lieu deux ans plus tard à l’automne 1794 comme le veut la loi, il est à nouveau réélu, cette fois aux côtés des citoyens Belin et Romanson.

Lorsque, le 2 thermidor de l’an III de la république "une et indivisible" (20 juillet 1795), Michel Montel meurt brutalement à 51 ans, Marien Belin assurera l’intérim qui, en fait, se prolongera plusieurs années : en effet, jusqu’en août 1800, il n’y aura plus de maire à Cellule par suite du changement de la loi électorale et des dispositions de la nouvelle constitution qui est promulguée quelques semaines plus tard, en août 1795.

Dominique Hopp (06.1989)

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