Vous êtes ici : Accueil La ville Petite Histoire Vue sur la ville Petite histoire de Cellule Les pionniers de la révolution : Saturnin Taraniat

Petite Histoire

SATURNIN TARANIAT (1740-1803)

Après Michel Montel, nous poursuivons notre découverte du premier conseil municipal sous la Révolution avec Saturnin Taraniat, surnommé "le Jeune" pour le distinguer de son oncle. Il est vrai que les Taragnat sont nombreux à Saulnat à tel point que certains curés, responsables de l’état-civil sous l’ancien régime, ont introduit quelques variantes dans la façon d’orthographier les noms afin de reconnaître les branches de cette vieille famille : ainsi, au conseil de 1793, il y avait un Taraniat et un Taragnat. Il est vrai qu’au XVI e siècle ce nom s’écrivait Tarnhat.

Saturnin "le Jeune" est né le 6 novembre 1740 (sous le règne de Louis XV) dans une modeste famille de laboureurs ; s’ils mangeaient souvent à leur faim, leur vie n’était cependant pas facile : toujours le rude travail, quelquefois la disette, souvent la maladie fatale, car on évitait de faire appel au chirurgien du Cheix ou à l’apothicaire qui coûtaient cher pour un succès très incertain. Encore enfant, Saturnin perd sa mère et se souviendra toujours avec émotion du lugubre enterrement où parents et alliés étaient venus témoigner leur compassion et leur solidarité : les Taragnat, les Debas, famille de sa mère, les Ravel et les Peyren du côté de ses grands-parents, presque tout Saulnat était présent.

Jeune homme déjà mûr, il se marie à seize ans avec une fille de Davayat, Françoise Mosnier, qui a le même âge que lui et qui a également traversé de douloureuses épreuves puisqu’elle est orpheline de père et de mère. Le jeune couple habite Saulnat où Saturnin continue d’aider son père ; et les enfants naissent... Le premier portera le prénom de son grand-père : Michel ; le second s’appellera Annet en souvenir de son arrière-grand-père ; enfin le troisième enfant est une fille dont le nom sera celui de la patronne de la paroisse : Anne. C’est vers cette époque que Saturnin fait la connaissance d’un cousin de sa femme, qui a environ le même âge qu’eux et qui vient souvent à Cellule, attiré par sa cousine germaine : il s’agit de Michel Montel qui ne tardera pas à se marier avec cette jeune fille qui s’appelle aussi Anne.

Voici un couple, pourrait-on croire, que la providence console d’une enfance difficile. Il n’en est rien : le bonheur ne dure pas dix ans puisque sa femme Françoise meurt et Saturnin est veuf à 25 ans avec trois enfants dont l’aîné n’a pas huit ans et la plus jeune est encore un nourrisson. Or quelques chaumières plus loin habite Perrette Moignon, veuve comme lui ; pour des raisons pratiques, ils vont donc unir leur solitude et faire un mariage de raison à la fin de juillet 1767.

Les années passent avec leur cortège de joies et de peines. En 1788, après de nouvelles mauvaises récoltes, le mécontentement se développe : les impôts augmentent encore et deviennent trop lourds pour le maigre revenu des paysans. D’ailleurs, la situation du royaume est telle que le roi Louis XVI décide de consulter son peuple dans chaque paroisse de France. Fin janvier 1789, Jean-Baptiste Perruffel, le curé de Cellule, fait savoir qu’à la messe son vicaire, l’abbé Gorce, lirait un message du roi. Le dimanche suivant, tous les fidèles, assemblés plus nombreux que d’habitude dans l’église, et surtout plus attentifs, écoutent la lecture de la lettre royale :

" Nous avons besoin du concours de nos fidèles sujets pour nous aider à surmonter les difficultés où nous nous trouvons relativement à l’état de nos finances et pour établir, suivant nos voeux, un ordre confiant et invariable dans toutes les parties du gouvernement qui intéressent le bonheur de nos sujets et la prospérité de notre royaume..."

Après la messe, les commentaires vont bon train d’autant qu’il faut expliquer en patois le contenu de la lettre que tous n’ont pas comprise. Les plus sceptiques font remarquer que des problèmes de finances, eux aussi en ont, et... de plus sérieux que les nobles et les princes ! Cependant on a bien retenu que chaque paroisse peut exprimer ses revendications, et tous énumèrent les griefs qu’ils ont sur le coeur.

Dans les mois qui suivent, les nouvelles qui arrivent de Paris sont longuement évoquées sur le marché de Riom ou après la messe du dimanche à Cellule ou encore dans les veillées de Saulnat. Des rumeurs inquiétantes circulent, amplifiées par la proximité de la route royale où passent courriers et diligences qui vont vers la capitale ou en reviennent. Une grande peur s’installe dans les campagnes et, en août 1789, on prétend que des bandes de brigands sont à Davayat : c’est la panique, on se barricade, on se terre ! Lorsque cette agitation s’est un peu apaisée, chacun se montre plus méfiant. Le mécontentement populaire, un moment suspendu, gagne à nouveau : on manifeste dans les Combrailles en mars 1792, puis à partir de l’été sont préparées les élections municipales.

A l’automne 1792, Saturnin Taraniat se laisse convaincre par Michel Montel et par Jean Taragnat de se présenter aux élections pour la mairie. Ils seront élus et, à eux trois, ils formeront le premier conseil municipal. Il a alors 52 ans. Aussitôt l’équipe nouvellement élue a à faire face aux plus grandes difficultés. La mobilisation des hommes de 18 à 40 ans avec tirage au sort est décrétée en février 1793 ; puis, en août, pour la défense de la patrie menacée, la levée en masse de tous les citoyens de 18 à 25 ans est décidée. Il faut aussi répondre aux demandes de réquisitions de pelles, pioches, vieux linge ; assurer le lessivage du sol des cuvages et des murs des étables afin de récupérer le salpêtre qui entre dans la composition de la poudre à canon. L’inflation pousse les laboureurs à cacher une grosse partie de leurs récoltes. Or justement les maires doivent établir des déclarations de grains recensant en détail les productions selon leur variété : froment, seigle, méteil, orge, sarrazin, maïs, châtaignes, pommes de terre, légumes secs divers... Comme ces recommandations ne sont pas toujours suivies, les autorités révolutionnaires dépêchent des émissaires qui se rendent dans les villages.

Ainsi, en septembre, un commissaire de Riom arrive à Cellule pour convaincre la population des bienfaits du nouveau gouvernement et, pour bien se faire entendre, il s’exprime en patois. Quelques semaines plus tard, un arrêté impose la livraison des cloches : "Tous les signes extérieurs de quelque culte que ce soit seront détruits : les cloches seront descendues et transportées de suite au chef-lieu du département pour être transformées en canons. Les clochers seront immédiatement abattus." A Cellule, des envoyés de l’administration firent tomber trois des quatre cloches et n’en laissèrent qu’une petite pour servir d’horloge, et encore à contre-coeur, sur les instances des habitants et les prières de l’abbé Marmontel, qui a prêté serment à la République et donc peut être considéré comme un bon prêtre. Encore le dimanche est-il devenu, selon le nouveau calendrier en vigueur, jour de travail : seul le décadi (nom du dixième jour) est désormais chômé.

Tous ces bouleversements perturbent les esprits et sont souvent mal acceptés, d’autant plus qu’ils sont parfois imposés par des envoyés qui jouent les chefs en affectant le tutoiement rendu obligatoire entre citoyens, alors que son emploi est naturel et courant dans les campagnes. Preuve enfin que rien n’est plus comme avant : les nobles qui habitent le château de Saulnat ont disparu et sont sans doute partis à l’étranger rejoindre les émigrés. Mais ces problèmes galvanisent plutôt qu’ils ne découragent l’équipe municipale qui, par une habile politique de modération, satisfait les habitants. En novembre 1794, Michel Montel est réélu et Saturnin Taraniat monte en grade puisqu’il devient officier public d’état-civil à la place de Jean Taragnat qui s’est retiré. Mais, lorsqu’en juillet 1795 Michel Montel meurt, Saturnin se retirera à son tour de la vie politique locale pour labourer ses champs.

Il disparaît le 29 août 1803 à 62 ans.

Dominique Hopp (12.1989)

Vous êtes ici : Accueil La ville Petite Histoire Vue sur la ville Petite histoire de Cellule Les pionniers de la révolution : Saturnin Taraniat