Vous êtes ici : Accueil La ville Petite Histoire Vue sur la ville Petite histoire de Cellule Les pionniers de la révolution : Jean Taragnat

Petite Histoire

JEAN TARAGNAT (1751-1830)

Après Michel Montel et Saturnin Taraniat, voici maintenant le plus jeune membre du premier conseil municipal, appelé alors "Conseil Général de la Commune". Au moment de leur élection, Montel avait 49 ans et Taraniat 52 ans, en sorte que Jean Taragnat fait figure de benjamin avec ses 41 ans, mais par sa famille (de vieille souche à Saulnat : on en retrouve des traces sûres aussi loin que remontent les archives de la commune), par les vicissitudes de sa vie (orphelin, il a dû travailler plus dur que les autres) et par sa personnalité (il est instruit et ses avis sont écoutés), il assume pleinement son rôle et se retrouve même élu une deuxième fois par ses concitoyens comme officier public chargé de l’état-civil.

Jean Taragnat est né à Saulnat le 11 octobre 1751, deuxième fils d’André Taragnat et de Marie-Anne Gilles. Malheureusement pour le petit Jean, que tous appelaient Jeannot, son père mourut soudainement alors que lui n’avait pas encore atteint ses dix ans et ils se retrouvaient sept enfants à la maison, la mère étant encore enceinte. La situation de la famille, déjà peu prospère avec les maigres revenus d’un métayer, allait brusquement empirer avec ce deuil subit. Certes, la solidarité des proches ne ferait pas défaut, mais, comme de pauvres récoltes récompensaient injustement un dur labeur, tout le monde était également menacé par la disette. Serrés dans l’unique pièce de la chaumière au sol en terre battue, ils espéraient que le lendemain ne serait pas pire que le jour même. Au fil des années, le petit Jean apprit le travail des champs pour mieux venir en aide à sa mère ; les rares distractions lui étaient interdites car ni lui ni son frère aîné ne devaient oublier leurs responsabilités : n’avaient-ils pas la charge de nourrir leurs cinq petits frères et la petite soeur ? Quand ils avaient un moment de liberté, au lieu de courir les champs et les prés, ils descendaient à Cellule où, dans une pièce de la cure, ils apprenaient à lire et à écrire sous la conduite bienveillante du vieux curé ou de son vicaire.

Soucieux d’aider sa mère, il attend que son plus jeune frère soit devenu un homme pour songer à se marier. A plus de 30 ans, en 1782, il épouse Marie Mimy à Varennes-sur-Morge. Puis le jeune couple vient s’installer à Saulnat où la présence de Jean Taragnat reste plus que jamais nécessaire, secondé par Marie qui connaît le poids du malheur et le prix de l’effort : elle est orpheline de mère et son grand-père était brassier, c’est-à-dire encore plus pauvre que les métayers, louant ses bras à la journée, à la tâche, tantôt manoeuvre, tantôt porte-faix, tantôt ouvrier agricole pour qui voulait l’employer.

Les années qui suivent sont dures : si les récoltes sont bonnes comme en 1784-1785, les prix chutent et l’inflation se développe. Lorsqu’au contraire l’hiver est rigoureux comme en 1787 où les puits gèlent ou encore que les intempéries de printemps et la grêle endommagent les récoltes, ce qui reste est insuffisant pour nourrir les bouches nombreuses. L’hiver 1788-1789 est encore glacial (les rivières sont gelées pendant deux mois), ce qui se traduit par une soudure difficile entre les deux récoltes, dont les plus démunis et les plus faibles sont les premières victimes. Ainsi, en mai, juin et juillet 1789, on dénombre treize décès à Cellule, dont seulement deux adultes, ce qui montre combien la mortalité infantile est grande dans les campagnes.

La crise est si grave qu’elle constitue l’essentiel des conversations de la veillée : on console ceux qui ont été frappés par le deuil, on évalue les chances de voir le temps s’améliorer, on se plaint de la rigueur de l’époque. Et c’est avec une certaine satisfaction qu’on commente les rumeurs concernant les émeutes parisiennes de juillet. Jean Taragnat partage le mécontentement général et c’est tout naturellement qu’il se retrouve aux côtés de Michel Montel et de son cousin Saturnin Taraniat. Ensemble ils participent activement à l’élaboration du cahier de doléances de la paroisse où sont consignées les plaintes contre le droit de chasse dans les champs, contre les colombiers qui portent préjudice aux cultures, contre l’injuste répartition des impôts.

Et c’est vrai que les taxes seigneuriales ou royales varient d’une région à l’autre selon des critères qui semblent incompréhensibles. Le cas de la gabelle est, à cet égard, significatif : le sel est un produit de première nécessité indispensable à la conservation des viandes à une époque où la stérilisation n’existe pas encore ; or son prix peut être très différent suivant la zone de tarification : ainsi il est six fois plus cher à Vichy qu’à Riom.

A l’automne 1792, la vie calme de Cellule est troublée. D’abord le vieux curé Perruffel, malade depuis quelque temps, vient à mourir après quatorze ans de sacerdoce dans le village. Plusieurs prêtres se succèdent mais aucun n’est nommé. la situation du clergé est, en effet, confuse : les prêtres sont obligés de prêter un serment civique à la jeune République sinon ils sont démis et même menacés de déportation. Enfin, en décembre, Cellule a un nouveau curé : l’abbé Marmontel. Par ailleurs, au même moment ont lieu les élections pour le nouveau conseil municipal qui est chargé de la gestion de la commune. Jean Taragnat est élu en même temps que Saturnin Taraniat et Michel Montel qui devient le premier maire.

Quelques jours plus tard, le dimanche 6 janvier 1793, on retourne aux urnes pour désigner cette fois-ci l’officier public chargé de l’état-civil. Jean Taragnat est choisi pour assumer cette charge qui n’est plus désormais du ressort du curé. C’est lui qui tient les registres pendant presque deux ans avant de céder la place à Saturnin Taraniat, pour se consacrer davantage à ses champs et à sa famille : sa femme, ses neuf enfants et sa mère toujours vaillante.

Son existence fut bien remplie : au fil des ans, le petit orphelin pauvre avait, par sa persévérance, acquis un petit domaine qui, en 1814, se montait à six arpents et demi, soit environ deux hectares et demi. Il était devenu propriétaire terrien, promotion impensable sous l’ancien régime ; le manant avait conquis sa dignité de paysan et d’homme. Telles devaient être ses pensées lorsqu’il suivit le cortège funèbre qui conduisait sa mère au cimetière. Il apparaît encore au conseil municipal en 1816 à 65 ans, où il passe pour un vétéran, pionnier d’une époque où les réunions politiques étaient nouvelles. Il meurt le 5 avril 1830 au terme d’une vie fertile en événements qui avait vu se succéder : deux rois, une révolution, une république, un empereur et deux autres rois.

La déclaration de décès fut signée par son plus jeune frère, celui qui n’avait jamais connu leur père... Mais le goût de la politique resta dans la famille : un de ses petits-fils, Gilbert, s’intéressa aussi à la gestion du bien public et devint maire en 1880.

Dominique Hopp (06.1990)

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