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Petite Histoire

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, Cellule regroupait les agglomérations de l’actuelle commune, à savoir : le bourg (de Cellule), Saulnat et Pontmort, mais aussi les villages de La Moutade et du Cheix-sur-Morge. Tant au point du vue de la population que des constructions, ces deux derniers villages étaient plus importants que le bourg de Cellule, ce qui explique le désir de leurs habitants de s’affranchir de la tutelle du maire de Cellule et de s’ériger en communes distinctes. Le découpage hérité des temps anciens et entériné par la Révolution fut ainsi contesté. En effet, lors du recensement de 1831, la population se répartit comme suit pour un total de 2026 habitants :

LIEUX FEUX HABITANTS
LA MOUTADE 174 811
LE CHEIX 101 484
CELLULE 86 438
PONTMORT 40 159
SAULNAT 25 134
Total 426 2026

D’après ces chiffres, La Moutade est l’agglomération la plus importante et comporte une population qui est presque le double de celle du chef-lieu ; en tout cas, le nombre des familles y est deux fois plus grand qu’à Cellule puisqu’on y dénombre 174 feux contre 86. Toujours d’après ce même recensement, la moyenne des habitants vivant sous le même toit autour du même foyer est de 4,78 habitants par feu pour l’ensemble de la commune. Si l’on sait que la prospérité est souvent inversement proportionnelle à la taille de la famille, il serait intéressant de comparer la composition des feux dans chaque agglomération.

LIEUX FEUX HABITANTS NOMBRE MOYEN PAR FEU
LA MOUTADE 174 811 4.7
LE CHEIX 101 484 4.8
CELLULE 86 438 5.1
PONTMORT 40 159 4.0
SAULNAT 25 134 5.4
Total 426 2026 4.78

Ces chiffres montrent donc que les familles nombreuses sont plutôt à Cellule et à Saulnat, or les plus défavorisés sont la plupart du temps ceux qui ont les familles les plus nombreuses. Il faut se rappeler aussi qu’ à Saulnat il y a un château avec un petit nombre d’occupants, les domestiques étant comptabilisés par ailleurs. Cela laisse supposer que les autres foyers sont, par conséquent, encore plus nombreux. Pour Cellule, la moyenne doit assez bien refléter la réalité puisqu’il n’y a pas de château, encore qu’il y ait un presbytère fréquenté seulement par le curé et son vicaire.

Un autre élément d’appréciation peut être fourni par les rôles d’impositions. Le premier cadastre de 1813, dont la confection a été décidée par Napoléon Ier en 1807 et qui récapitule les constructions imposables, montre le même déséquilibre et révèle, en outre, le standing des divers secteurs de la commune, car l’administration répartissait les constructions en deux catégories : d’une part, une classe ordinaire avec une ou deux ouvertures (soit une porte ou une porte et une fenêtre) ; et d’autre part, une classe de luxe comprenant les immeubles ayant plus d’une porte et plus d’une seule fenêtre.

Un tel classement, qui entraînait une taxation différente, n’incitait guère ni au confort ni à l’hygiène puisque les propriétaires avaient intérêt à diminuer le plus possible les ouvertures pour minorer leur imposition. Cette pratique explique qu’on peut apercevoir encore aujourd’hui certaines ouvertures du siècle dernier murées par souci d’économie. Mais les habitudes de vie n’étaient pas les mêmes à cette époque...

Là encore, La Moutade se révèle être un village cossu et très construit, comme en témoigne le nombre d’ouvertures taxées :

LIEUX Plusieurs portes et fenêtres
% Une seule porte ou une porte et une fenêtre
%
LA MOUTADE 146 50 147 50
LE CHEIX 97 52 89 48
CELLULE 56 41.5 79 58.5
PONTMORT 46 58 33 42
SAULNAT 50 59.5 34 40.5

Cellule est l’agglomération où il y a le plus de constructions modestes à une ou deux ouvertures : l’ancien séminaire qui est aujourd’hui le foyer d’accueil du Viaduc n’est, à cette époque, pas encore construit. A l’inverse, à Saulnat et à Pontmort, les châteaux et gentilhommières, qui relèvent de la catégorie "de luxe", creusent l’écart. Le standing médiocre de Cellule confirme donc l’interprétation des chiffres du recensement quant au nombre d’habitants et à la composition des familles, et souligne la disparité qui existe au sein de la commune entre ses différentes composantes.

Jugeant qu’il y a eu discrimination, les habitants de La Moutade font circuler, dès juin 1840, une pétition pour "la distraction de la section de La Moutade afin d’avoir une mairie propre" et ne plus dépendre de Cellule. Cette pétition est examinée par le conseil municipal cette même année au cours de deux séances animées dont les résultats sont d’abord incertains puis hostiles à ce projet. Six ans plus tard, la question est à nouveau à l’ordre du jour, d’autant plus actuelle que l’écart de population entre la Moutade et son chef-lieu s’est encore accru : La Moutade connaît une légère progression alors que Cellule voit sa population diminuer sensiblement. Le vote du conseil municipal est favorable à ce projet, mais la trop faible majorité entraîne des contestations et la motion est reportée.

En 1854, la question est une nouvelle fois débattue et la sécession à nouveau approuvée dans son principe, à condition que les frais engagés par l’opération soient à la charge des habitants de La Moutade puisqu’ils sont demandeurs. Enfin, un an plus tard, le projet de séparation est accepté, suite à un long rapport très favorable à cette idée. Il aura fallu quinze ans pour que le projet prenne forme et soit accepté par les membres du conseil municipal de Cellule, avant d’avoir aussi l’agrément des conseils d’arrondissement. Mais il faudra encore autant d’années pour que cela aboutisse à la création effective d’une commune autonome de La Moutade. L’indépendance est un long combat...

Pour faire accélérer l’étude du dossier et obtenir l’arrêté nécessaire, un comité de La Moutade se rend à Vichy en 1861 afin d’avoir une audience de l’empereur Napoléon III qui est venu, avec l’impératrice, prendre les eaux dans la cité thermale. Les délégués sont reçus mais la conclusion de l’affaire tarde, aussi remettent-ils à l’empereur, qui se rend à Clermont-Ferrand l’année suivante, un mémoire argumenté qui souligne la distance entre les deux bourgs, les difficultés de communication, la coupure établie par la récente voie ferrée, l’existence d’une église et la présence de deux gardes municipaux propres à La Moutade, sans oublier, bien sûr, la prospérité de la future commune fondée sur de bonnes rentrées fiscales. Le mémoire est signé : "Vos très humbles et très obéissants et fidèles sujets ; pour tous les habitants, les membres du conseil de la section de La Moutade."

Cette fois-ci la démarche aboutira et, en 1869, un arrêté préfectoral érigera La Moutade en commune distincte suite à la pétition formée vingt-neuf ans auparavant, sous le règne de Louis-Philippe. La commune de Cellule se vit donc réduite de 532 hectares et de nouvelles limites furent tracées qui se substituèrent à celles qu’avaient fixées les Révolutionnaires. On peut se demander alors sur quelles bases le découpage avait été réalisé en 1790 par l’Assemblée Constituante et pour quelles raisons Cellule avait été choisi comme chef-lieu de la commune avec compétence sur La Moutade.

Est-ce en raison du rayonnement ancien de Cellule où étaient établis les pères bénédictins de l’abbaye de Menat qui possédaient de nombreuses terres ? Ou bien est-ce la conséquence de l’ardeur militante des habitants favorables au mouvement révolutionnaire comme peuvent l’être ceux qui sont défavorisés ? Ou bien tout simplement, au milieu de tant de bouleversements nationaux, n’a-t-on pas songé à perturber le paysage local ? Il est intéressant, en tout cas, de noter que les premiers élus de la commune, Michel Montel, Jean Taragnat et Saturnin Taraniat étaient tous trois issus de Saulnat, village moins prospère que les autres, situé à l’ombre de son château. Mais ceci est une autre histoire qu’il faudra un jour élucider ...

Dominique Hopp (06.1988)

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