Petite Histoire

Grande cité ou petit village, chaque agglomération a son histoire propre que nous évoque son nom. Clermont-Ferrand rappelle la fusion de ses deux quartiers rivaux ; les Varennes désignent des terrains en friche et incultes ; Chatel-Guyon s’est développé autour du château du comte Guy et de nombreux villages sont placés sous le patronage d’un saint local évangélisateur, évêque ou martyr, tels Myon, Pardoux, Bonnet, Hippolyte ou Ignat. Qu’en est-il de Cellule ?

Au cours des âges, la façon d’écrire les noms a changé, ce qui d’ailleurs en éclaire le sens. Par exemple, PONTMORT était autrefois orthographié POMMORG, c’est-à-dire "Le pont sur la Morge" pour lequel, au moyen-âge, il y avait un péage. Les différentes transcriptions de CELLULE sont :

- au XIIIe siècle : CELLOLIO
- au XIVe siècle : CELUILLE
- au XVe siècle : CELLOULE
- au XVIe siècle : CELEULLE

Ces différentes orthographes présentent toujours la même racine latine : CELLA (dont le diminutif "petite cella" est CELLULA) qui désigne un lieu retiré, soit une cave (CELLier), soit une pièce consacrée à la prière et à la retraite solitaire (CELLule de moine). C’est sans nul doute ce dernier sens qu’il faut retenir car il indique et rappelle la fondation, au moyen-âge, d’un petit monastère qui dépendait de la puissante abbaye bénédictine de Menat. Les pères de cette abbaye étendaient alors leur influence sur un vaste territoire et possédaient ici de nombreuses terres, déboisées et assainies par eux, qu’ils louaient aux paysans. Au moment de la perception du loyer, un collecteur parcourait le pays en s’annonçant au cri de "Tara ! Tara !" Faut-il voir là l’origine du nom de famille si répandu autrefois à Cellule : TARAGNAT ? Les bénédictins avaient également fait construire le four banal et le moulins situés au quartier du Chaufour, dont ils tiraient de substantiels revenus. Ce prieuré de Cellule était comme une succursale de l’abbaye et une source de bénéfices non négligeables dans cette zone fertile de la Limagne.

Le prieuré fermera après presque cinq cents ans d’activité, avec la mort du dernier moine bénédictin qui l’habitait, en 1629, l’année même où Richelieu, voulant une Auvergne soumise au roi Louis XIII, fait démanteler les derniers châteaux-forts de la province.

Coïncidence ou mystérieuse vocation, Cellule a continué d’être le foyer d’une activité religieuse. Outre le prieuré, il existait au XIVe siècle, un hôpital à Pontmort, sans doute aussi tenu par des moines. On parle également d’une communauté de soeurs de Riom, établie au XVIIIe siècle dans le marais d’Oranche. Puis, au début du XIXe siècle, les soeurs de la Miséricorde, sous la direction de la fille de l’ancien maire Maître Garron, ouvrent une école et un pensionnat pour jeunes filles. Moins d’une quinzaine d’années plus tard, en 1860, les pères du Saint-Esprit fondent le séminaire dont le rayonnement dépasse largement la modeste bourgade puisque là sont formés et reviennent se reposer de nombreux missionnaires d’Afrique.

Cellule semble donc avoir eu dans le passé une importance et une prospérité dont le village d’aujourd’hui ne témoigne plus guère. Rien dans les archives de la commune ne permet de dire où se trouvait le petit monastère bénédictin. Doit-on voir dans les ruines et les imposantes caves voûtées situées derrière l’église actuelle les vestiges de ce prieuré ? Quant au couvent du marais d’Oranche, il ne subsiste rien non plus, mais certains vieux Cellulois disent se souvenir de ruines vers la colline de Diu, qui évoque peut-être une colline de "Dieu". Le pensionnat demeure ainsi que les bâtiments du séminaire, mais ceux-ci ont changé d’affectation.

Quelle importance et quelle prospérité, direz-vous ? Au début du XVe siècle, l’impôt perçu à Cellule était presque égal à celui de Combronde. Le seigneur de Saulnat était l’un des principaux nobles de la Limagne et portait de titre de "Seigneur de Blot et Saunat". Le bourg avait également un officier de police et un notaire en résidence, un curé et un vicaire à demeure dont la juridiction s’étendait aux villages de La Moutade et du Cheix, outre Pontmort et Saulnat. Les affaires que traitait le notaire royal le conduisait aussi au Mas, à Beauregard, à Aigueperse, à Varennes, à Pessat-Villeneuve ou à Saint-Bonnet.

Enfin, plusieurs fois notre village a eu la visite d’évêques. Une première fois au printemps 1286, sous le règne de Philippe le Bel, l’archevêque de Bourges, Simon de Beaulieu, s’arrête à Cellule ; dans le rapport de sa visite pastorale dans le diocèse de Clermont, on peut lire : "venit apvd Celville Prioratvm de Menato, avdivit ibi missam, confirmavit et fecit tonsvras", c’est-à-dire : "il est venu à Celuille, prieuré de Menat, il y a entendu la messe, y a donné la confirmation et y a conféré des tonsures". Une autre fois, en avril 1730, c’est l’évêque de Clermont, le célèbre Massillon, réputé pour être l’un des grands prédicateurs de son temps, qui fait une tournée à Cellule. Il y revient en 1759 et le procès-verbal de cette seconde visite signale qu’il y a dans la paroisse "environ 700 communiants assidus aux offices" et "trois sages-femmes suffisamment instruites". Ainsi, si l’on tient compte en plus du médecin du Cheix, les habitants pouvaient disposer de tous les soins de l’âme et du corps.

Tel était le rayonnement de ce modeste village dont le nom rappelle un petit prieuré qui a d’abord désigné un seul quartier de la commune, puisque, encore au XVIIIe siècle, la paroisse était dite "de Cellule et Chauffour", distinguant ainsi le groupe des habitations entourant l’église du reste de l’agglomération.

Dominique Hopp (01.1992)