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Petite Histoire

Dans la plupart des villages existaient autrefois un seul four ou un seul pressoir, propriété du seigneur du lieu qui louait celui-ci aux habitants. Chaque famille pouvait venir faire cuire son pain dans ce four, appelé "banal", contre le paiement d’une redevance. Cet usage remonte au moyen-âge ; au fil des siècles, le "four banal" devint "four commun" après que les habitants du village eurent racheté le droit au seigneur, le plus souvent réticent à abandonner un de ses privilèges et une source de revenus non-négligeable. Faute de documents, il est difficile d’établir à quelle époque la propriété du four de Cellule est passée de son propriétaire (sans doute l’abbaye bénédictine de Menat qui possédait de nombreuses terres ici) à la communauté des villageois. Ce transfert doit en tout cas être très ancien puisque, sur la première matrice cadastrale de 1809, ce four est mentionné comme étant la propriété des "habitants de Cellule". Par ailleurs, la commune en payait alors l’impôt foncier bien qu’elle n’eût aucun titre de propriété officiel en sa possession pour en faire foi.

C’est au quartier du Chaufour que se trouvait ce four commun, aujourd’hui détruit dans les conditions que nous allons raconter. Il était sur la rive droite du Chambaron, près de la croix plantée dans le virage à la sortie du village, à l’intersection du chemin conduisant aux prés et de la route qui mène au Mas. Juste à côté se dresse l’ancien moulin dont l’édifice subsiste toujours, bien qu’il ait changé de destination. Si le quartier n’avait pas la même physionomie qu’aujourd’hui, les constructions (granges et maisons d’habitations) étaient cependant nombreuses.

Certes, à la place des bâtiments de l’ancien séminaire s’étendaient encore des champs ; à la place de l’atelier de menuiserie, il y avait encore un verger appartenant à M. de Forget ; à la place de certaines maisons ou granges se trouvaient encore des jardins. Néanmoins la densité des constructions dans cette partie du bourg faisait de ce quartier la zone la plus peuplée du village et justifiait l’appellation qu’on lit dans les archives de "Cellule et Chaufour" pour désigner l’agglomération ; ainsi s’explique la présence du four commun à cet endroit propice à une utilisation fréquente. Les habitants de Saulnat avaient le leur, ainsi que les habitants de La Moutade, à cette époque-là encore rattachée à la commune de Cellule.

Malgré sa proximité, ce four n’est pratiquement plus utilisé dans les années qui suivent la Révolution. Dans les années 1820-1825, il est même laissé complètement à l’abandon, ce qui n’est pas un cas unique puisque celui de La Moutade subit le même sort. En 1830, l’état de délabrement est tel qu’un voisin, à qui l’on confiait les ustensiles et les clefs, remet tout ce dépôt au maire et, pour que sa conscience soit tranquille, Amable Barrier demande un reçu qui énumère ces objets : une pelle en bois pour enfourner, une autre mauvaise pelle en fer pour sortir le pain du four, plus une planche carrée et un morceau de fer formant balance, enfin une serrure en bois sans clef. Bref, des articles hors d’usage dont il cherche à se défaire mais dans les formes...

En effet, certains habitants ont préféré construire des fours particuliers : ainsi, à la même époque, quatre fours privés fonctionnent à Cellule, à usage soit domestique, soit commercial. Il est clair que l’installation d’un ou plusieurs boulangers a bouleversé les habitudes familiales ; il devenait plus simple d’acheter son pain que de faire moudre son blé, pétrir sa pâte et la faire cuire au four commun qu’il fallait, au préalable, chauffer durant de longues heures avec le bois qu’on avait apporté.

Les archives de la commune nous révèlent le nom de plusieurs de ces boulangers : Pierre Perrin en 1825, Jean Marcheix en 1826, Amable Pichot en 1831, Annet Taragnat en 1836, Gilbert Barrier en 1837, Amable Mosnier en 1841, tous installés dans divers quartiers de la commune.

Au mois de février 1833, le conseil municipal et son maire, Robert Fargette, sont amenés à débattre de la question du four car, terrain et murs appartenant à la commune, il importe d’en établir l’utilisation future. Faut-il restaurer, louer ou vendre cette propriété communale ? Or l’ensemble est en piteux état. Le constat qui en est fait est éloquent :

"On ne peut espérer de louer ce local pour une destination quelconque, sauf de le faire réédifier, ce qui serait coûteux, dépasserait les ressources communales et ne donnerait la certitude d’aucun produit, au moins d’un produit proportionné à la dépense qu’il faudrait faire." _

Le secrétaire de séance conclut :

"En conséquence, le conseil a exprimé le voeu de vendre le sol et les matériaux de l’édifice qui formaient le fonds communal, suivant les formalités qui seront prescrites par l’autorité supérieure... Il est désirable que les formalités soient restreintes, par exemple à l’enchère reçue par un notaire en présence de trois officiers municipaux, après simple affiche pendant deux dimanches aux portes des églises de Cellule, Saint-Bonnet, Davayat et Villeneuve, communes les plus voisines."

La procédure retenue est donc la moins contraignante, tout en respectant les formes légales, en particulier celles de la publicité. S’il n’est pas fait mention du Cheix et de La Moutade, c’est, rappelons-le, que ces deux villages étaient rattachés alors à Cellule.

Cette vente aux enchères allait-elle signifier le renouveau du four ou, au contraire, sa destruction définitive après tant de siècles ? La proposition du conseil ne séduisit guère les amateurs malgré la modicité de l’enchère initiale qui avait été fixée. Trois ans plus tard, l’antique four présentait toujours le même aspect désolé. Les finances de la commune étaient insuffisantes pour remettre en état un bâtiment inutile. Investir pour refaire la toiture, consolider les murs, faire appel à un maçon capable de sceller les briques à l’intérieur même du four, à supposer que cela pût se faire, eût été une dépense exorbitante, surtout à une époque où les 4/5e des maisons du village étaient des chaumières.

Entre-temps a été installé un nouveau maire, M. Garron, qui se voulait énergique. Il annonce au conseil municipal du 9 novembre 1836 qu’il a pris la veille un arrêté "ordonnant la démolition des murs de l’ancien four de Cellule comme menaçant ruine et compromettant la sécurité" , et il invite, en conséquence, "le conseil à délibérer sur l’emploi à faire des matériaux qui proviendront de la démolition". Ce que ses prédécesseurs n’avaient pas pu réaliser, lui, Claude Garron, l’a achevé la première semaine de son mandat (il venait d’être installé le 1er novembre 1836) !

Ainsi disparut le four commun où les habitants venaient, génération après génération depuis des siècles, faire cuire leur pain. Le temps et la négligence avaient, certes, dégradé le bâtiment ; de nouvelles façons de vivre, liées à une prospérité croissante, avaient remplacé les anciennes ; mais, à coup sûr, Claude Garron, maire, avait donné satisfaction à Garron Claude, propriétaire du moulin voisin en le débarrassant d’une ruine gênante, peu esthétique et susceptible d’attirer toute sorte de maraudeurs. Voilà qui explique, en partie, pourquoi l’affaire a été si rondement menée.

Mais il n’est pas question de gaspiller le matériel. Alors à quoi ont servi les matériaux du four dont il ne subsiste plus aucun vestige ?

1) "à faire des pavés ou cailloutage sur les bords des ruisseaux aux points qui servent de passage,"

2) "à faire des encaissements dans les chemins qui doivent être réparés dans la saison actuelle,"

3) "à faire un mur de soutènement sur le chemin qui conduit aux prés d’en haut."

Quant au terrain, il est resté dans le domaine public et a servi à élargir le chemin.

Ce four n’a cependant pas donné son nom au quartier, dont le nom signifie "four à chaux". Mais nous ne savons rien de ce four-ci, qui pourtant devait exister à une époque plus lointaine, comme à Davayat et au Mas où la profession de chaunier était encore représentée sous la Révolution.

Dominique Hopp (06.1987)